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Jeux numériques

Tablettes pour enfants: des précautions à l'emploi

Par Melanie Gomez

C'est le cadeau phare de ce noël. Les parents devraient acheter 500 000 tablettes numériques à leurs enfants. Les spécialistes les déconseillent avant trois ans et préconisent de limiter l'usage.

CLOSON/ISOPIX/SIPA

« Notre petit Marius n’a demandé qu’une chose à Noël, une tablette tactile comme Papa ! J’ai trouvé un modèle adapté à ses 3 ans. Etant donné qu’il monopolisait déjà la nôtre près de 2h par jour, je me suis dit que c’était mieux qu’il ait la sienne. Celle que je lui ai prise est très pédagogique, avec plein de jeux éducatifs, assez complémentaires de ce qu’il apprend à la maternelle »,  confie Olivia, une jeune maman.  

Cette année, le père noël a exaucé de nombreuses têtes blondes, puisque d’après les fabricants, les tablettes tactiles pour enfants ont été le cadeau phare de Noël 2012. "Le marché des tablettes pour enfants pourrait, lui, atteindre 500 000 pièces vendues en 2012, soit pratiquement autant que les produits pour les adultes en 2010", déclare Sylvie Bannelier, directrice du développement des produits chez Vtech au journal le Monde. Plus ou moins pédagogiques, plus ou moins récréatives, une vingtaine de produits sont actuellement sur le marché. Certaines tablettes sont même destinées à de tout jeunes enfants à partir de 18 mois. Pour certains pédopsychiatres, offrir une tablette numérique à un enfant à peine capable de marcher, présente des risques pour son développement.

Ecoutez le Dr Patrice Huerre, pédopsychiatre et directeur de l’Institut du Virtuel : « Avant 3 ans il vaut mieux éviter, où alors pas longtemps et en présence d’un adulte.»



Dès les premières semaines de vie, tous les écrans ont un fort pouvoir de fascination chez l’enfant. « En leur mettant ce type de tablette tactile à disposition dès le plus jeune âge, il peut y avoir un isolement de l’enfant qui a pourtant besoin pour se construire, d’abord dans les relations avec l’autre», ajoute Patrice Huerre.
Après 3 ans, le risque est moins grand, selon le spécialiste. « Un enfant qui est capable de parler, a déjà acquis les fondements des expériences de jeu. Il a déjà touché beaucoup d’objets et tourné des pages de livres, donc il arrive sur une tablette avec ce bagage. »
Vers un an ou deux, les médecins insistent, l’enfant a besoin de jeux dans le monde réel, à travers des constructions, du graphisme, grâce auxquels il apprend à maîtriser son environnement. De même, les enfants que l’on installe trop tôt et trop longtemps dans ce monde virtuel risquent d’avoir plus de difficultés, par exemple dans les apprentissages scolaires qui demandent plus de patience, de réflexion et d’effort. 
C’est pourquoi même s’il ne faut diaboliser ces tablettes, il est important que les parents respectent certaines précautions d’emploi.

Ecoutez le Dr Stéphane Clerget, pédopsychiatre : « Les parents doivent limiter le temps des tablettes, ne pas la laisser dans la chambre de l’enfant, et lui proposer dans des moments précis ».



De la même façon que les ados peuvent devenir accros aux jeux vidéos, les tout petits peuvent avoir une relation de dépendance aux écrans tactiles. Les pédopsychiatres le constatent dans leurs consultations. 

 

Ecoutez le Dr Stéphane Clerget : «  Il y a un effet d’accoutumance il leur en faut toujours plus. Certains ont même des réactions de sevrage quand on les prive de tablettes numériques ». 




Et les psychiatres ne sont pas les seuls à s’inquiéter de cet usage parfois abusif des écrans dès le plus jeune âge. Certains chercheurs en neurosciences tirent également la sonnette d’alarme.
Des études  ont été menées, notamment grâce à l’IRM, sur les cerveaux des enfants utilisant des ordinateurs ou des tablettes. Elles ont montré que ces activités stimulaient plutôt les zones à l’arrière du cerveau qui sont les parties visuelles ou sensorielles. En revanche, faire glisser ses doigts sur une tablette n’activerait pas les zones du cortex préfontal, où siègent différentes fonctions cognitives comme le langage, la mémoire de travail ou le raisonnement.

Chercheurs ou cliniciens, les spécialistes s’accordent pour dire que le temps passé devant les écrans doit être limité. Mais le problème ne vient pas toujours des enfants. Certains parents poussent parfois leur enfant à développer toujours davantage leurs capacités de "petits génies numériques". « Les parents sont souvent fascinés par leurs prouesses technologiques. Ils racontent partout à quel point leur fils est intelligent et tout ce qu’il est capable de faire sur sa tablette, témoignent le Dr Stéphane Clerget, pédopsychiatre. Mais c’est une intelligence intuitive. En y regardant de plus près, on sait que cela demande beaucoup moins d’effort intellectuel d’user d’une tablette que de réaliser un jeu de construction » précise-t-il.

 

Première diffusion 15 déceembre 2012