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"A chacun son Everest !"

Cancer du sein : atteindre les sommets pour dominer sa maladie

Par Afsané Sabouhi

Retourner à son quotidien après les traitements lourds du cancer du sein est une épreuve que les femmes affrontent souvent seules. L’association "A chacun son Everest !" propose des séjours à Chamonix pour recréer du lien et de la confiance en soi.

(c) A chacun son Everest !

« Si on m’avait dit, il y a quelques semaines, que j’allais faire de l’escalade et grimper en haut d’un mur de 12m… Franchement, entre le vertige et la fatigue, je n’en aurais pas cru un mot », raconte Carmen en riant. « Quand vous êtes malade, vous mettez votre vie entre parenthèses le temps du traitement, confirme Danièle. Et au bout de 2 ans, quand les médecins vous relâchent dans la nature, vous ne savez même plus ce que vous êtes encore capable de faire ».
Comme à 53 000 Françaises chaque année, on a diagnostiqué en 2010 un cancer du sein à ces deux quinquagénaires. Leur éprouvant parcours fait de chimiothérapie, de radiothérapie ou encore de chirurgie reconstructrice a fini par les mener fin septembre à Chamonix dans le grand chalet de l’association "A chacun son Everest!".

Depuis 18 ans, le Dr Christine Janin et son équipe y ont accompagné plus de 3000 enfants atteints de cancer dans ces séjours à la reconquête de l’estime de soi. Première Française à atteindre le toit du monde en 1990, Christine Janin a mis sa passion pour la montagne au service de ses compétences médicales. Randonnée, escalade, raquettes, traineau à chiens, toute la palette d’activités permet aux enfants de réaliser qu’ils ont triomphé de leur Everest, la maladie.
Et puis en 2011, Christine Janin décide d’aller plus loin. « La maison ne servait que 20 semaines par an pendant les vacances scolaires, explique-t-elle comme une évidence. Je me suis demandée à qui nous pourrions être utiles et la réponse est venue assez spontanément : les femmes et les enfants d’abord ! »
Un fonds de dotations est créé à côté de l’association pour ne pas empiéter sur les fonds destinés aux enfants et un premier groupe de 12 femmes est accueilli il y a tout juste un an. D’emblée, l’expérience est une réussite. « Les femmes ont peut-être encore plus besoin que les enfants de cette parenthèse, glisse Christine Janin. Le retour à la maison, au quotidien, au travail après un combat contre le cancer, c’est une solitude immense qui vous tombe dessus d’un coup. »

 

Ecoutez le Dr Christine Janin, fondatrice de l’association "A chacun son Everest!" : « Du jour au lendemain, c’est au revoir Madame, je vous revois dans 6 mois »



C’est justement pour rompre cette solitude et offrir à leurs patientes une forme originale d’accompagnement psychologique que les oncologues leur proposent de rejoindre Chamonix. Une semaine de parenthèse, au pied du Mont Blanc, pour prendre soin de soi (massages, yoga), de sa tête (groupes de paroles avec une oncopsychologue) et de ses jambes (escalade, randonnée…) Et ça marche ! Cette semaine partagée crée des liens durables.

 

Ecoutez Carmen, touchée par le cancer du sein en 2010 : « Personne parmi mes proches, ne peut comprendre ce que j’ai traversé. Ces femmes, elles l’ont vécu ».



Portées par ce collectif hors normes, ces femmes se redécouvrent des capacités physiques oubliées. Le parallèle avec la montagne est évident pour l’alpiniste qu’est restée Christine Janin : « Ce cancer, c’est leur Everest à elles. Elles l’ont gravi et maintenant, elles doivent redescendre, autrement dit, vivre avec. »
Et dans cet après cancer encore mal accompagné par le corps médical, le sport a démontré ces bienfaits pour le moral mais aussi en terme de réduction des récidives du cancer. D’où l’importance de démontrer à ces femmes que leur corps est de nouveau capable de pratiquer une activité physique.

Ecoutez Joëlle Planchon, infirmière en réseau d’oncologie et membre d’"A chacun son Everest!" : « Voir ces femmes dépasser leurs appréhensions et rayonner à la fin de la semaine, c’est magique »



Les oncologues qui envoient leurs patientes à Chamonix ne tarissent pas d’éloges sur les bénéfices que ce séjour leur procure. « C’est une vraie parenthèse pour se réconcilier avec son corps, retrouver confiance en soi et partager avec un groupe de femmes ayant vécu la même épreuve, explique le Dr Francine Perret, oncologue à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Et quel bonheur d’avoir une proposition agréable à faire à nos patientes, ça nous change des prescriptions de chimio ! »

Seules 72 femmes ont pu bénéficier de ces séjours depuis 2011, entièrement financés par le fonds de dotation. « Pour être accessible aussi à celles qui ont perdu leur salaire et leur travail, il faut qu’il n’y ait aucun coût à leur charge. Une semaine nous revient donc entre 2500 et 3000 euros par femme, entièrement financée par les dons », explique Christine Janin. La liste d’attente pour 2013 est déjà longue, plus que celle des financeurs. Lorsque le Plan cancer 2009-2013 avait fait de la vie pendant et après le cancer l’un de ses 6 axes phares, les associations avaient applaudi mais souligné le manque de soutien financier à cet axe si important pour les malades. Les initiatives comme celle de Christine Janin se sont développées mais le constat financier n’a pas changé.