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Réutilisation des eaux usées : l'ANSES encadre la pratique

Par Julian Prial

Dans un avis, l’Anses évalue les risques sanitaires liés à la réutilisation d’eaux grises pour des usages domestiques, pratique non autorisée en France. Le cadre est désormais fixé.

kyodowc108663.JPG k/NEWSCOM/SIPA

Dans un contexte de développement durable, la réutilisation des eaux grises en milieu domestique est souvent évoquée afin d’épargner les ressources en eau et réduire la consommation d’eau potable.

L'intérêt porté à cette pratique s’est accru et certains pays comme l’Australie, les États-Unis, Israël et le Japon se sont tournés vers ces ressources complémentaires. Cette pratique, qui consiste à récupérer et à collecter les eaux provenant des douches, baignoires, lavabos, lave-linge, et éventuellement de la cuisine, puis à les utiliser après traitement, existe aussi en France. Elle est pourtant interdite depuis 2011 pour des usages domestiques.
Mais, face au constat que cette technique perdure, la Direction générale de la santé a saisi l’Anses (1) afin qu’elle en évalue les risques sanitaires potentiels. Dans un avis qu’elle publie ce jeudi, l’Agence estime que la pratique de réutilisation des eaux grises dans l’habitat doit être encadrée, et ne doit être envisagée que pour des usages strictement limités.

 

Dans les lieux touchés par des pénuries d’eau

Selon l'Anses, il est possible de recourir aux eaux grises « dans des environnements géographiques affectés durablement et de façon répétée par des pénuries d’eau. » L’Agence poursuit en indiquant que « sous réserve de la mise en œuvre d’un traitement et de mesures de gestion du risque appropriées, les eaux grises traitées peuvent être aussi adaptées à trois usages en milieu domestique : l’alimentation de la chasse d’eau des toilettes, l’arrosage des espaces verts (excluant potagers et usages agricoles), et le lavage des surfaces extérieures sans génération d’aérosols (sans utilisation de nettoyeur à haute pression). Toutefois, dans ce cas, l’ajout de produits d’entretien dans les eaux grises traitées est déconseillé.

(1) L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail

Peu d’informations sur les dangers potentiels

Le travail mené par les experts de l’Anses montre qu’à ce jour, les données disponibles sont insuffisantes pour caractériser les dangers liés aux différents contaminants physico-chimiques et microbiologiques des eaux grises, et les niveaux d’exposition liés aux différents usages, applicables à toutes les situations.
Les eaux grises contiennent en effet des matières particulaires et organiques, et sont contaminées par des micro-organismes dont des pathogènes et des contaminants physico-chimiques issus notamment du lavage des mains, des produits d’hygiène corporelle et cosmétiques, des produits d’entretien de la maison, du lavage des surfaces et du lavage du linge.
Conclusion de l'Agence, « les eaux grises brutes ne peuvent être réutilisées pour des usages domestiques sans un traitement préalable. Ainsi, la réutilisation des eaux grises nécessite des étapes de traitement, de transport et de stockage à maitriser », rappelle l’Anses.

 

Réutilisation des eaux usées : comment ça marche. L’utilisation d’eaux grises traitées dans l’habitat nécessite l’installation d’un réseau distinct du réseau de distribution d’eau destinée à la consommation humaine (EDCH) et les retours d’expériences mettent en évidence le fait que la présence d’un réseau d’eau non potable à l’intérieur de l’habitat constitue une source majeure de risque. En effet, l’interconnexion entre le réseau d’EDCH et celui véhiculant les eaux grises, peut entraîner une contamination du réseau public de distribution de l’EDCH, la rendant non conforme à la réglementation en vigueur et susceptible d’entraîner des effets sur la santé des consommateurs.

 

Des recommandations sur les projets en cours

Dans son avis, l'Agence conclut en recommandant que chaque projet de réutilisation d’eaux grises brutes dans l’habitat fasse l’objet d’une démarche systématique d’analyse des risques, « afin de s’assurer que les bénéfices sont supérieurs aux risques pour la santé des occupants et des travailleurs amenés à utiliser des eaux grises traitées dans l’habitat. »
L’Agence conseille donc que les décideurs, particuliers, copropriétaires, élus, etc. soient informés des possibles impacts sanitaires, environnementaux et économiques de l’opération de réutilisation des eaux grises.
Enfin, la population (résidents, professionnels, utilisateurs occasionnels) doit être informée de l’existence d’un système de réutilisation des eaux grises traitées et sur les risques sanitaires éventuels. « Elle doit également être formée aux conditions d’utilisations nécessaires pour minimiser les risques associés à la présence d’un réseau d’eau non potable. »