Les champignons hallucinogènes intéressent la science. Ces végétaux renferment des substances, aux effets intéressants pour traiter certaines pathologies. Dans la revue JAMA Network Open, une équipe de chercheurs s’est ainsi penchée sur la psilocybine. Ce principe actif présent dans les champignons hallucinogènes pourrait réduire les symptômes de la dépression de façon durable.
Dépression : la psilocybine réduit les symptômes
Ces travaux ont été réalisé avec 35 participants, dont 14 hommes et 21 femmes. Âgés de 20 à 65 ans, ces adultes souffraient de dépression récurrente, dont les symptômes étaient modérés à sévères. "Les participants ont été répartis aléatoirement en deux groupes : l'un recevant de la psilocybine et l'autre un placebo, expliquent les auteurs. Le placebo (vitamine B3) reproduisait certains effets physiques du psychédélique, comme des rougeurs cutanées temporaires." Tous les participants suivaient des séances de psychothérapie, en parallèle de la prise du traitement.
"Après seulement huit jours, les participants ayant reçu de la psilocybine ont présenté une nette amélioration de leur humeur, observent les chercheurs issus d’universités danoises et suédoises. À la fin de la période de suivi de six semaines, plus de la moitié des participants du groupe psilocybine ne répondaient plus aux critères de dépression. Dans le groupe placebo, une seule personne a présenté une amélioration similaire."
Tous les participants ont été suivis pendant un an pour observer les effets à long terme de la psilocybine. Les scientifiques ont observé que les bénéfices de cette substance ont persisté pendant un peu plus de trois mois, d’après les données récoltées en auto-évaluation auprès des patients. "Par la suite, l'écart entre les deux groupes s'est réduit, le groupe placebo présentant également une amélioration, notent-ils. Ce phénomène n'est pas inhabituel. La dépression se manifeste souvent par vagues, et les symptômes peuvent s'atténuer spontanément."
Placebo VS. médicament test : la difficulté de distinguer les bénéfices
Dans leur étude, ces spécialistes expliquent qu’un des défis majeurs a été le "maintien de l’insu". "C'est-à-dire d'empêcher les participants de savoir s'ils avaient reçu de la psilocybine ou un placebo, précisent-ils. Malgré l'utilisation de capsules identiques et d'un placebo actif, la quasi-totalité des participants ont deviné correctement le traitement qu'ils avaient reçu, principalement parce que la psilocybine induit un état modifié de conscience distinctif et indubitable." La connaissance, ou du moins la suspicion, du groupe d’étude peut avoir des conséquences importantes sur les résultats. "Chez les participants ayant reçu de la psilocybine, les effets marqués le jour de la prise ont pu amplifier l'espoir d'une efficacité du traitement, estiment les auteurs. Chez ceux ayant reçu un placebo et n'ayant ressenti aucun effet, les attentes ont pu se transformer en déception." Ils rappellent que tous les participants à des études scientifiques se sentent généralement un peu mieux après le début de l'essai, même si elles sont dans le groupe placebo.
À l’avenir, ils souhaitent donc trouver une manière distinguer les effets de la psilocybine de ceux de l’étude et du cadre. "Répondre à cette question sera essentiel pour comprendre la place de la psilocybine dans les soins de santé mentale de demain", estiment-ils. Selon eux, ces résultats démontrent toutefois que cette substance pourrait devenir un "traitement rapide et relativement durable de la dépression, y compris pour les personnes souffrant de formes plus courantes de la maladie, et pas seulement de dépression résistante aux traitements".



