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Cannabidiol

La e-cigarette à base de cannabis fait polémique

Par Marion Guérin

Une société française va commercialiser une vapoteuse à base de cannabis. Elle est conçue avec une forme légale de cannabinoïde, sans effet psychotrope.

Capture d'écran KanaVape

Un petit e-joint pour vous détendre ? Non, ce n’est pas un dealer qui tente de vous "fourguer" sa dernière trouvaille. Cette phrase, vous risquez de l’entendre dans toutes les boutiques de cigarettes électriques, et ce, dès le mois de janvier. 

Du cannabidiol à la place du THC
Une entreprise française s’apprête à mettre sur le marché une vapoteuse à base de cannabis. Mais à la différence – notable – du cannabis récréatif, elle n’aura aucun effet euphorisant ou enivrant. Car la « KanaVape » ne contient pas de THC (tétrahydrocannabinol), la substance psychotrope que l’on trouve dans le cannabis. A ce titre, elle est parfaitement légale.

Le produit est conçu à partir de cannabidiol (CBD), un autre cannabinoïde contenu en grande quantité dans la plante. Plusieurs études et essais ont mis en avant ses propriétés antalgiques et anxiolytiques. D’ailleurs, officiellement, la e-cigarette n’est pas vendue pour un usage récréatif, mais thérapeutique. Ses fabricants, fondateurs de l'Union Francop​hone pour les Cannabinoïdes en Médecine, une association qui promeut l’usage thérapeutique du cannabis, mettent en avant les effets relaxants de la substance, efficace « contre le stress et l’anxiété ».

« Vous ne pourrez pas vous ‘défoncer’ avec ça »
« Nous ne sommes pas là pour créer une nouvelle addiction, affirme le créateur du produit, Antonin Cohen, au magazine Vice. On commercialise ce produit en France pour les malades, on utilise une molécule inoffensive. Vous ne pourrez pas vous ‘défoncer’ avec ça ».

C’est un fait : même à haute dose, le cannabidiol n’a d’autre effet que celui d’apaiser. Il possède déjà une autorisation de mise sur le marché avec le spray Sativex, vendu en pharmacie pour les douleurs spastiques dans la sclérose en plaque. « Le CBD possède des vertus très intéressantes et susceptibles d’enrichir la pharmacopée, notamment dans les maladies neurologiques et psychiatriques, explique Amine Benyamina, psychiatre et addictologue à l'hôpital Paul Brousse. Des études confirment son effet relaxant, et suggèrent qu’il agit sur les tensions musculaires. De plus, il est inoffensif. Les risques de dépendance sont nuls ».

« Ce produit galvaude le cannabidiol »
Pour autant, le circuit commercial choisi par les fabricants, qui échappe à tout contrôle thérapeutique, invite à une certaine prudence. Car le produit sera disponible sans aucun conseil médical, et il y a fort à parier que les anxieux ne seront pas les seuls acheteurs.

Et surtout, il pourrait desservir la cause du cannabis thérapeutique, selon Amine Benyamina. « Il aurait fallu que ce produit soit commercialisé en tant que médicament. La logique mercantile qui est à l’œuvre derrière cette e-cigarette a un effet pervers : elle galvaude le cannabidiol, en le faisant passer pour un pur produit commercial. Au lieu de laisser des petites entreprises se faire de l’argent avec le CBD, il faudrait rouvrir le débat sur la loi de 1970 et l’usage médical du cannabis », estime-t-il.

Remplacer le pétard ?
Du côté de l’entreprise, on ne voit pas les choses ainsi. « On est parti du constat que les gens avaient un comportement à risque en consommant du cannabis la plupart du temps mélangé à du tabac et via une combustion classique, explique à Vice Antonin Cohen. On s’est intéressés à la cigarette électronique pour offrir le même moyen aux consommateurs de cannabis, afin de réduire les situations à risque », poursuit-il.

Les addictologues s’accordent à dire que le cannabis est aujourd’hui plus toxique qu’il ne l’était avant. Pour rendre le stupéfiant plus addictif, les trafiquants augmentent la dose de THC et réduisent celle de CBD – alors même que le CBD a la propriété de contrebalancer les effets du THC. De là à affirmer que la KanaVape peut constituer un moyen de remplacer le joint traditionnel, voire de sevrer les fumeurs quotidiens, il n’y a qu’un pas. Et Amine Benyamina refuse de le franchir.

« Pour sevrer des fumeurs, il faudrait retrouver le principe actif du cannabis – le THC – et réduire progressivement les doses. Chose que ne peut pas faire ce produit ». Quant à séduire les consommateurs occasionnels de cannabis, sans effet psychotrope, le pari semble difficile.