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Proposition de l'assurance maladie

Séjours en maternité raccourcis : les médecins posent des conditions

Par Bruno Martrette

Pour faire 280 millions d'euros d'économies, la Sécu envisage de raccourcir d'une journée la durée d'hospitalisation après une naissance. Les médecins mettent des garde-fous.

JAUBERT/SIPA

Dans un rapport présenté ce jeudi, l'Assurance maladie détaille les pistes envisagées pour économiser 3,5 milliards d’euros dès 2015. Parmi elles, mieux dépister le cancer du sein, limiter le recours aux IRM, mais surtout diminuer la durée des séjours en maternité.
La Sécurité sociale envisage donc de raccourcir d'une journée en moyenne la durée d'hospitalisation à l'occasion d'une naissance. Cette mesure a été imaginée car « une femme est hospitalisée en moyenne en France 1,2 jour de plus que dans les autres pays développés pour un accouchement par voie basse, soit 4,2 jours contre 3 jours », assure le document de l'assurance maladie. « Réduire la durée de séjour en maternité est possible », poursuit-elle, à condition d'améliorer l'accompagnement du retour à domicile.
Que pensent les professionnels de santé de cette proposition?

Les femmes qui accouchent sont plus vite en forme
Côtés médecins, la mesure est accueillie favorablement. Pour le Dr Jean Marty, président du Syndicat National des Gynécologues et Obstétriciens Français (SYNGOF), contacté par pourquoidocteur, « c'est une mesure d'économie pour la Sécurité sociale. Mais c'est important si l'on veut garder cette protection sociale excellente dont bénéficient actuellement les Français. » En ajoutant : « En matière de maternité, on sait aujourd'hui que les patientes après un accouchement sont plus vite en forme. Elle saignent moins, et il y a moins d'infections qu'autrefois. Dès lors, ces séjours en maternité servent surtout pour les femmes à apprendre à s'occuper de leurs enfants. Pour celles qui ont eu plusieurs enfants, à coup sûr, c'est une mesure tout à fait raisonnable. Pour les femmes primipares, il faut en discuter avec elles, et si elles acceptent, leur assurer un bon suivi à domicile », prévient-il.

Un retour à domicile entouré d'une équipe pluridisciplinaire
Ainsi, ce médecin insiste sur le fait que ces retours précoces à la maison doivent être organisés convenablement. « Car la responsabilité des professionnels de santé est très mal gérée par les pouvoirs publics », rappelle-t-il. Du coup, le spécialiste plaide pour un suivi à la maison pluridisciplinaire.
« Il faut que ce soit à la carte pour éviter lorsque c'est possible les dépenses inutiles.  Mais parfois, dans certains cas, il faut que la femme soit suivie à domicile par le médecin traitant, et la gynécologque médicale qui connaît parfaitement les besoins particuliers de la patiente. Mais aussi des sages-femmes, des infirmières puéricultrices, et des aides à domicile pour les tâches ménagères par exemple. » 

Car un retour à domicile précoce est à suveiller de près, rappelle ce spécialiste. « Dans cette période, on surveillle étroitement les enfants. Au 4ème jour par exemple, le problème des ictères est à surveiller de près. Parfois, à domicile, ces jaunisses du nouveau-né sont mals vues. L'Académie nationale de médecine s'en était alertée récemment. Il faut donc un contact quotidien avec la mère. »

Les sages-femmes veulent être associées à ce retour à domicile précoce
Enfin, d'autres professionnelles de santé ont réagi. Il s'agit des sages-femmes de l'Organisation Nationale Syndicale des Sages-Femmes (ONSSF) en grève depuis maintenant huit mois par un statut de praticien hospitalier (PH). Elles non plus ne s’opposent pas au retour précoce à domicile après accouchement (RPDA) des mères et des enfants à bas risque « dès lors que cela correspond à la demande du couple et que des praticiens de santé compétents prennent le relais médical. » Pour elles, seules sont délétères les sorties précoces "sauvages" et précipitées, sans prise en charge organisée en ville. 

En conclusion, elles indiquent que ce RPDA ne peut s’entendre qu’au sein d’un parcours de santé coordonné interprofessionnel.
Pour cela, elles demandent qu’un groupe de travail interprofessionnel se mette en place avec l’Union nationale des caisses d'assurance maladie (UNCAM) afin d’en définir les modalités mais aussi les moyens financiers et matériels: « certains examens vont nécessiter que les sages-femmes libérales s'équipent de matériel spécifiques pour prendre en charge ces mères et leurs enfants », concluent-elles.