- Jusqu'à présent, les médecins appliquaient souvent des objectifs de pression artérielle similaires à tous les patients après une thrombectomie (procédure qui retire un caillot).
- Une étude montre qu’adapter la pression artérielle à chaque patient après une thrombectomie améliore significativement la récupération à la suite d’un AVC.
- Cette amélioration ne s'accompagne pas d'une hausse des complications.
Et si la pression artérielle détenait la clé d’une meilleure récupération après un AVC ? C’est ce que suggèrent des chercheurs espagnols. Pour leur recherche, les auteurs sont partis d’un constat : "la prise en charge optimale de la pression artérielle après une thrombectomie (traitement endovasculaire qui vise à retirer le caillot qui bloque une artère du cerveau) réussie d'un AVC ischémique aigu demeure incertaine, car une réduction intensive n'a montré aucun bénéfice, voire un risque potentiel, dans les précédents essais." Dans leur étude, ils ont ainsi voulu savoir si une stratégie de contrôle de la pression artérielle systolique guidée par la reperfusion (la qualité du rétablissement de la circulation sanguine dans le cerveau) améliorait les résultats fonctionnels après la prise en charge réussie d’un accident vasculaire cérébral ischémique aigu.
Tous les cerveaux ne réagissent pas de la même façon après un AVC
Afin de mener à bien les travaux, l’équipe a recruté 440 personnes traitées dans 11 hôpitaux espagnols, qui ont soit bénéficié d’une stratégie conventionnelle, soit d’une gestion de la pression artérielle adaptée au degré de reperfusion obtenu après la thrombectomie. Les patients présentant une reperfusion quasi complète ou complète ont été traités avec des objectifs de pression artérielle plus bas afin de réduire le risque de lésions de reperfusion, tandis que ceux présentant une reperfusion incomplète ont conservé des niveaux de pression artérielle plus élevés afin de préserver la perfusion cérébrale. "Cette approche reconnaît que le cerveau peut se trouver dans des états hémodynamiques extrêmement variés, dans lesquels une pression artérielle trop élevée ou des réductions trop importantes peuvent être néfastes. C'est pourquoi le protocole prévoyait une surveillance étroite pendant les 72 premières heures, avec des ajustements dynamiques du traitement."
Pression artérielle : un traitement plus personnalisé favorise la récupération après un AVC
Selon les recherches, publiées dans la revue JAMA Neurology, cette approche a permis une amélioration significative et constante des résultats cliniques. À 90 jours, 60 % des patients, dont la tension artérielle a été surveillée de près et contrôlée, ont retrouvé leur autonomie fonctionnelle, contre 47,1 % dans le groupe ayant bénéficié d’une stratégie conventionnelle. Les données montrent ainsi une différence de 13,3 points de pourcentage, reflétant une amélioration cliniquement significative.
Au total, 34 volontaires du groupe d’intervention, contre 27 participants du groupe témoin, ont souffert d’effets indésirables. Cependant, la stratégie proposée par les scientifiques était associée à une incidence plus faible de transformation hémorragique, sans augmentation de la mortalité ni des complications graves. "Nous avons démontré qu'il est possible d'améliorer le rétablissement des patients sans augmenter les risques. Cet équilibre entre efficacité et sécurité est probablement l'un des aspects les plus pertinents des résultats. (…) Plutôt que d'appliquer des objectifs rigides, l'essentiel est de mieux comprendre la physiologie de chaque patient", a déclaré Joan Martí-Fàbregas, qui a participé aux recherches, dont les résultats doivent être confirmés par des études supplémentaires.



