• CONTACT

QUESTION D'ACTU

Tests

Microbiote : gare aux faux remèdes sur les réseaux sociaux

Tests hors de prix, promesses miracles et compléments alimentaires à gogo : sur les réseaux sociaux, le microbiote intestinal est devenu un marché lucratif. Mais prudence, car aucun test ou remède n'est aujourd'hui validé scientifiquement.

Microbiote : gare aux faux remèdes sur les réseaux sociaux Elena Nechaeva / istock




L'ESSENTIEL
  • Les tests du microbiote intestinal vendus en ligne manquent de fiabilité.
  • Les troubles attribués au microbiote sont souvent des symptômes plus généraux.
  • Les compléments alimentaires et probiotiques n’ont pas montré de preuves solides de leur efficacité.

"Tu ressens des ballonnements, tu digères mal, t’as des fringales constantes ou t’es souvent fatigué ?" De nombreuses voix sur les réseaux sociaux suggèrent que votre microbiote intestinal, cet ensemble de milliards de micro-organismes qui joue un rôle essentiel dans la digestion ou l'immunité, est en cause. Mais faut-il vraiment lui faire passer un test pour y voir plus clair ? Pas si sûr, selon un article d’AFP Factuel, la version fact-checking de l’agence de presse française.

La promesse d’une "cartographie" du microbiote

"Ton microbiote est peut-être totalement déséquilibré..." : ce genre de messages pullule sur TikTok ou Instagram, partagés par des influenceurs et "pseudo-coachs" qui recommandent ensuite des tests de "bilan intestinal" pouvant coûter jusqu'à 300 euros. Ces tests, à réaliser à domicile à partir d'échantillons de selles, promettent une "cartographie" du microbiote, puis des "recommandations sur mesure". Mais pour les scientifiques, ces promesses sont largement prématurées.

"Ces tests ne sont pas encore fiables", prévient Julie Rodriguez, chercheuse à l'Inserm, qui a participé à une étude européenne publiée en 2024 dans la revue Microbiome. Six entreprises ont reçu le même échantillon de selles et ont fourni des résultats très différents, preuve du manque de standardisation. Aucun de ces tests "ne permet pas aujourd'hui de poser un diagnostic, ni de donner des recommandations précises pour mieux manger ou éviter tel ou tel aliment", assure Patrick Veiga, directeur scientifique à l'INRAE.

Des symptômes généraux confondus avec des troubles du microbiote ?

A ce jour, les chercheurs peinent encore à définir ce qu'est un microbiote "sain". "Nous ne sommes pas en mesure aujourd'hui de dire le pourcentage de population qui a un microbiote déséquilibré, tout comme on est incapable de dire le pourcentage de la population qui a un microbiote sain, parce qu'on ne sait même pas ce que c'est un microbiote sain", rappelle Julie Rodriguez.

Certes, certaines études ont observé un microbiote moins diversifié chez des patients atteints de diabète ou de maladies psychiatriques, mais aucun lien de causalité n'a été établi. "Ce ne sont que des associations", souligne David Laharie, gastro-entérologue au CHU de Bordeaux. Il met aussi en garde contre l'amalgame entre symptômes généraux (fatigue, acné, ballonnements) et troubles du microbiote : "C'est très souvent n'importe quoi."

Le business douteux des probiotiques

Autre conséquence de cette mode : la prolifération de compléments alimentaires, souvent préconisés après ces fameux tests. Probiotiques ou prébiotiques sont censés "renforcer la flore intestinale", sauf que l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) n'a validé aucune des 129 demandes d'allégations liées au terme "probiotique"... Sans compter, bien sûr, que ces produits ne sont pas soumis aux mêmes exigences que les médicaments. "Le problème est qu’on extrapole souvent les résultats de quelques études bien faites et positives à l’ensemble des probiotiques", note David Laharie. En l'absence de preuves solides, mieux vaut donc compter sur une alimentation variée, riche en fibres, et consulter un professionnel de santé en cas de troubles persistants.

Vous aimez cet article ? Abonnez-vous à la newsletter !

LES MALADIES