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Cocaïne : une drogue banalisée, des risques dévastateurs

La consommation de cocaïne progresse fortement en France, avec de fortes répercussions sanitaires et sociales. Un rapport de l’Inserm alerte sur les risques et le manque de traitements adaptés.

Cocaïne : une drogue banalisée, des risques dévastateurs kzenon / istock




L'ESSENTIEL
  • La consommation de cocaïne explose en France, notamment chez les 25-34 ans.
  • Elle entraîne des conséquences sanitaires, sociales et familiales graves.
  • Aucun traitement validé n'existe encore pour lutter contre la dépendance.

Quête de performance, gestion du stress, consommation récréative... Longtemps perçue comme une drogue de "l'élite" ou du monde festif, la cocaïne, avec quelque 22 millions de consommateurs dans le monde, semble aujourd'hui s'infiltrer dans le quotidien de nombreux Français. La substance, hautement addictive, gagne du terrain, mais à quel prix pour la santé publique ?

Selon un rapport de l’Inserm publié jeudi 22 janvier, commandé par les autorités publiques, la consommation de cocaïne en France a connu une augmentation spectaculaire depuis les années 2000. Alors qu’elle était de 1,8 % en 2000, l’expérimentation au moins une fois dans la vie atteint aujourd’hui 9,4 %, et les 25-34 ans sont les plus concernés. L’Europe devient aujourd’hui un véritable marché de la cocaïne, rivalisant avec le continent américain. Et la France se classe au sixième rang européen, aux côtés de l’Espagne, pour la tranche des 15-34 ans.

Cocaïne : des effets puissants et destructeurs

La cocaïne agit en bloquant la recapture de neurotransmetteurs tels que la dopamine, la sérotonine et la noradrénaline, des substances liées au plaisir, à la motivation et au bien-être. Cette action provoque une "désinhibition induisant des sensations de toute-puissance, une hypervigilance et une hyperactivité", explique l’Inserm. Les effets recherchés incluent "une exacerbation des émotions, de l’excitation et un sentiment d’euphorie".

Mais la liste des conséquences sanitaires est longue : troubles cardiovasculaires, altérations cognitives (attention, mémoire, apprentissage), lésions ORL, dépendance, troubles psychiatriques, dommages rénaux... Des crises d’angoisse, des hallucinations, des comportements violents ou impulsifs peuvent également apparaître, notamment lors de consommations répétées ou à fortes doses. Chez certains usagers, ce sont des symptômes proches de la paranoïa ou des épisodes psychotiques.

La consommation chronique est aussi associée à une modification durable du fonctionnement du cerveau, avec une perte de contrôle sur l’usage, ce qui renforce la spirale addictive. A noter que la polyconsommation est chose fréquente : 61 % des usagers mêlent cocaïne, alcool ou opiacés. La consommation par injection expose enfin à des maladies infectieuses (VIH, hépatite C, syphilis), notamment en raison du partage de matériel. Les usagers de cocaïne basée (le "crack") sont aussi vulnérables aux lésions pulmonaires.a

Un impact sociétal et familial sous-estimé

Au-delà des répercussions médicales, les dégâts sociaux sont également considérables. La qualité de vie des consommateurs de cocaïne s'en trouve fortement altérée, les comportements à risque et violents augmentent, et touchent aussi l'entourage, notamment les plus jeunes. "Les enfants comptent ainsi parmi les victimes collatérales les plus vulnérables", prévient l’Inserm. S’ajoutent enfin à cela la stigmatisation, les difficultés d’accès aux soins et les tensions sociétales liées à la criminalité et aux nuisances environnementales du trafic.

Malgré l’ampleur du phénomène, aucun traitement pharmacologique n’a encore reçu d’autorisation officielle contre la dépendance à la cocaïne, précise le rapport de l'Inserm. Plusieurs pistes sont à l’étude, comme la kétamine, le méthylphénidate ou certains psychédéliques. D’autres approches sont aussi considérées comme la stimulation cérébrale ou le vaccin "anti-cocaïne". "En complément des traitements médicamenteux, les approches psychothérapeutiques, telles que les thérapies cognitivo-comportementales et les entretiens motivationnels, restent essentielles", conclut l'institut de recherche.

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