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Annals of internal Medicine

Les compléments alimentaires dans le collimateur

Par la rédaction

Deux nouvelles études confirment l'inutilité des compléments alimentaires pour prévenir les maladies chroniques. Ces spécialistes appellent les citoyens à arrêter de consommer ces produits.

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Les compléments alimentaires à nouveau dans la tourmente ! Deux études viennent en effet de montrer à nouveau que la supplémentation en vitamines et en minéraux peine à prouver son efficacité dans la prévention des cancers, des maladies cardiovasculaires et du déclin cognitif. Pour cette raison, la conclusion de tous ces travaux est sensiblement la même : « Les études publiées dans cette édition ainsi que les études antérieures ne montrent pas de réel bénéfice pour la santé. » Des résultats inédits paru le 17 décembre dans la revue Annals of internal medicine.

En effet, dans la première étude, Francine Grodstein du Brigham and Women's Hospital à Boston et ses collègues ont évalué à long terme l'effet de la consommation de compléments alimentaires multivitaminés sur la fonction cognitive. Ainsi, entre 1997 et 2011, ils ont randomisé 5.947 hommes de plus de 65 ans entre des compléments alimentaires multivitaminés et un placebo. La fonction cognitive des participants a été régulièrement évaluée. Conclusion, les auteurs n'ont identifié aucune différence statistiquement significative de déclin cognitif moyen entre les deux groupes, ni de niveaux cognitifs moyens, à chaque étape de l'évaluation. De même, ils n'ont pas mis en évidence de différence en termes de performances cognitives entre les deux groupes..

Dans la seconde étude, Gervasio Lamas du Mount Sinai Medical Center à Miami Beach (Floride) et ses collègues ont inclus 1.708 patients, en moyenne de 65 ans, qui avaient tous subi un infarctus du myocarde (en moyenne 4,6 ans auparavant) et présentaient des concentrations sériques en créatinine de 176.8 mol/l ou moins. 
Ils étaient randomisés entre un complément alimentaire contenant 28 vitamines et sels minéraux ou un placebo. Le traitement a été suivi pendant une médiane d'environ 30 mois. 
Le critère de jugement de l'étude intégrait décès, récidive d'infarctus, accident vasculaire cérébral, revascularisation coronarienne et hospitalisation pour angine de poitrine. Et là encore les résultats sont sont appel. En comparant le groupe sous complément alimentaire et celui sous placebo, aucune différence statistiquement significative n'a été rapportée concernant le risque de survenue d'événements cardiovasculaires, indiquent les auteurs.

En réaction, le syndicat des industriels de la supplémentation alimentaire n’a pas tardé à réagir. Ils précisent dans un communiqué que des études précédentes ont montré que la supplémentation vitaminique était efficace dans la réduction du risque de cataracte. Ils indiquent par ailleurs que la supplémentation en vitamines ne peut, à elle seule, prévenir les maladies. Elle n’est qu’un élément d’un style de vie sain. 
Et ces arguments, bon nombre de consommateurs les entendent visiblement. En effet, malgré l'existence d'éléments suggérant qu'ils n'ont pas de bénéfice mais des risques probables, la consommation de compléments alimentaires poursuit sa progression, soulignent ces chercheurs américains. Entre 2003 et 2006, la consommation quotidienne de compléments alimentaires a progressé de 42 % à 53 % et la vente des compléments alimentaires représentait 28 milliards de dollars aux Etats-Unis en 2010.