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Pétition de rhumatologues

Anti-arthrosiques : menace sur le remboursement

Par Audrey Vaugrente

L’Association de lutte anti-rhumatisme s'élève contre le projet de déremboursement de certains anti-arthrosiques. Un « retour en arrière », selon ces médecins.

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Les anti-arthrosiques risquent d’être déremboursés, selon l’avis de la commission de la transparence. Cette décision inquiète l’Association Française de Lutte Anti-Rhumatisme (AFLAR) qui a adressé ce 24 octobre une pétition à la ministre de la Santé Marisol Touraine. Elle dénonce « un retour arrière de plus de 30 ans de la prise en charge de l’arthrose »  et une « médecine à deux vitesses. »

 

Une efficacité contestée

L'efficacité des anti-arthrosiques symptomatiques d’action lente (AASAL, glucosamines et condriotines) est remise en cause par la Haute Autorité de Santé (HAS) depuis un certain temps. Ces médicaments, censés freiner la dégradation des cartilages, s’avèrent plus être des produits qui soulagent la douleur et la raideur liées à l’arthrose. C’est ce qui justifie l’avis de « service médical rendu insuffisant » de la commission de la transparence. Il risque d’entraîner un déremboursement, comme l’explique le président de l’AFLAR, Laurent Grange.

 

Ecoutez le Dr Laurent Grange, président de l’AFLAR et rhumatologue : « Les glucosamines ont été réévaluées au mois de septembre. La commission de la transparence propose le déremboursement global de toute la gamme. »

 

Le Dr Laurent Grange, président de l’AFLAR, reconnaît l’efficacité modeste des AASAL. Ils sont déjà faiblement remboursés (15%) par la Sécurité sociale, ce que l’association approuve. Mais un déremboursement serait contre-productif aux yeux du Dr Grange. Selon lui, les patients ne feraient que se tourner vers les autres solutions thérapeutiques existantes.

 

Les alternatives aux anti-arthrosiques

Les anti-arthrosiques ne sont jamais utilisés seuls, leur efficacité n’est pas suffisante. Dans les différents cas d’arthrose, « c’est l’accumulation des petits effets qui fait qu’on améliore la vie des patients, » précise le Dr Grange. Les AASAL sont couplés à d’autres traitements préventifs, curatifs et antalgiques. S'ils sont déremboursés, les patients concernés ne se retrouveront pas dans l'impasse. Des antidouleurs peuvent être utilisés mais "au prix parfois d'effets indésirables graves", ce qui inquiète l'AFLAR.

 

Ecoutez le Dr Laurent Grange, président de l’AFLAR: « Si on dérembourse, il y aura un report de prescription sur des médicaments plus toxiques, avec davantage d'effets secondaires. »

 

 

Les alternatives médicamenteuses sont nombreuses. Les antalgiques de niveau 1, du type paracétamol, ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens, de type ibuprofène, sont en vente libre. Ils ne sont certes pas remboursés, mais ils pourraient remplacer efficacement les AASAL. Le Dr Grange exprime cependant des craintes : les effets secondaires et toxiques de ces produits sont plus inquiétants que ceux des anti-arthrosiques selon lui. Les patients peuvent aussi se tourner vers des injections de corticoïdes et des viscosupplémentations dans les cas d’arthrose du genou (injection d’acide hyaluronique). Certains médicaments antalgiques sont à base de codéine, de morphine ou de poudre d’opium. Il est donc possible de développer une dépendance. Leur coût n’est pas très élevé, ils présentent donc une solution enviable. Les AASAL, eux, ne possèdent pas ces effets secondaires.

 

Les risques pour la santé

Il existe également des solutions non-médicamenteuses comme l’éducation thérapeutique, qui n’est pas prise en charge, ou des cures thermales. Les séances de kinésithérapie servent à renforcer les articulations touchées par l’arthrose et des orthèses ou des semelles permettent aussi d’atténuer les chocs. Les patients ne se retrouvent donc pas vraiment sans traitement.


Par ailleurs, les anti-arthrosiques ne sont pas la panacée, même s’ils permettent à certains patients de moins souffrir. Il est très rare que la réaction à ces médicaments soit excellente au point de se passer d’autres traitements. Selon le Dr Grange, les alternatives aux AASAL seront aussi prises en combinaison avec d'autres médicaments. Les patients risquent donc d’opter pour un « cocktail détonnant » .

 

Le coût pour les patients

L’AFLAR insiste aussi sur le coût d’un éventuel déremboursement. Pour l’Assurance maladie, cela représente une économie de 25 millions d’euros à court terme. Mais sur le moyen terme, il pourrait en aller autrement si les patients se tournent vers d’autres solutions selon le Dr Grange. L'économie n'est d'ailleurs pas significative.

 

Ecoutez le Dr Laurent Grange, président de l’AFLAR : « A court terme, on va économiser 25 millions. A moyen ou long terme, on prédit une explosion des coûts de santé de l’arthrose. »

 


Autre source d’inquiétude de l’AFLAR : le déremboursement des viscosupplémentations. Mais encore une fois, la commission de la transparence estime que leur efficacité dans le traitement des arthroses n’est pas démontrée par rapport aux autres solutions existantes.