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Rythme circadien

Cancer du poumon : une horloge biologique déréglée augmente le risque

Par Stanislas Deve

Une nouvelle étude précise le lien entre la perturbation du rythme circadien, notre horloge biologique interne, et le développement d’un cancer, en l’occurrence du poumon. Explications.

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Presque toutes les fonctions de l’organisme dépendent du rythme circadien de 24 heures, et la synchronisation de cette horloge se fait essentiellement grâce à la lumière naturelle. Les troubles de ce rythme peuvent avoir des conséquences sur le sommeil, le métabolisme, le systèmes cardiovasculaire et immunitaire, l’humeur, la mémoire…
Ouvriers, militaires, métiers du soin, de la sécurité... En France, 4,3 millions de personnes travaillent la nuit, c’est-à-dire entre minuit et cinq heures du matin, selon le Code du travail.

Travail de nuit, horaires décalés, temps de sommeil amputé par les écrans... Pas facile aujourd’hui de prendre soin de son rythme circadien, cette horloge biologique définie par l’alternance entre la veille et le sommeil sur un cycle de 24 heures. Et pourtant, tout devrait nous y inciter, car le dérèglement de ce rythme peut exposer les personnes à différents problèmes de santé, comme des troubles du sommeil, une prise de poids, voire la maladie d’Alzheimer. Il pourrait même être, selon l’Organisation mondiale de la santé, un cancérogène probable. Mais pourquoi ? Si le lien entre horloge biologique et cancers était jusqu’ici mal compris, une nouvelle étude de l’université de La Jolla en Californie (Etats-Unis) nous éclaire un peu plus.

Des souris exposées à un rythme circadien déréglé

Dans le cadre de leurs travaux, publiés récemment dans la revue Science Advances, les chercheurs ont étudié des modèles de souris exprimant le gène Kras qui, lorsqu’il est muté, est impliqué dans l’apparition du cancer du poumon - entre autres. Un premier groupe de rongeurs a été exposé à un rythme circadien sain, soit une alternance régulière de 12 heures de lumière et 12 heures d’obscurité. Les souris du second groupe ont, elles, été soumises à un rythme irrégulier censé ressembler à celui vécu par les travailleurs à horaires décalés (les "3X8" par exemple), bref à une sorte de jet-lag permanent.

Au bout de 25 semaines, les chercheurs ont constaté que, chez les souris "jet-lagguées", l’expression du gène Kras avait bondi de 68 % par rapport à celles qui suivaient un rythme circadien régulier. Concrètement, le nombre de tumeurs dans leurs tissus pulmonaires était largement plus élevé. Comment l’expliquer ?

Un lien avec la température de l’organisme

D’après les scientifiques, le lien entre rythme déréglé et cancer du poumon pourrait être associé à des changements de température de l’organisme. Plus précisément à la protéine HSF1 (heat shock factor 1), essentielle à la régulation des gènes, notamment en cas de stress – qui, rappelons-le, est une conséquence d’un dérèglement du rythme circadien. "Normalement, la température de notre corps change d'un ou deux degrés pendant que nous dormons. Si les travailleurs décalés ne subissent pas cette baisse normale, cela pourrait interférer avec le fonctionnement normal de HSF1, et finalement conduire à plus de dérégulation dans le corps", et donc à l’apparition du cancer, détaille la professeure Katja Lamia, co-auteure de l’étude, dans un communiqué.

La bonne nouvelle, c’est qu’il pourrait bientôt être possible de cibler HSF1 avec un traitement médicamenteux, afin de détecter précocement les tumeurs chez les personnes dont l’horloge biologique est perturbée de manière chronique, et ainsi augmenter les chances de survie.

Ce n’est pas la première fois que la recherche associe cancer et dérèglement du rythme circadien. Des études antérieures, validées par l’Inserm, ont montré qu’une horloge régulièrement chamboulée, comme celle des travailleurs nocturnes, favorisait notamment l’apparition de cancers du sein ou de la prostate.