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L’interview du week-end

Vaginisme : "Il est possible d’en guérir grâce une prise en charge pluridisciplinaire"

Par Geneviève Andrianaly

Environ 1 % des Françaises en âge de procréer souffriraient de vaginisme, selon le CNGOF. La psycho-sexologue, Sophie Genin, nous révèle les causes de ce trouble sexuel et explique comment en venir à bout.

sopradit/iStock

- Pourquoi docteur : Sur les réseaux sociaux, de plus en plus de femmes osent désormais parler de leur santé sexuelle. Ces dernières années, elles ont été nombreuses à libérer la parole autour du vaginisme. Mais de quoi s’agit-il ?

Sophie Genin : Le vaginisme correspond à une contraction involontaire au niveau du plancher pelvien. En clair, cet ensemble de muscles entourant le vagin se contracte et empêche toute pénétration.

On distingue deux formes de vaginisme. On parle de "vaginisme primaire" lorsque la patiente a toujours été touchée par ce trouble sexuel et n’a jamais réussi à avoir un seul rapport sexuel avec pénétration. La deuxième forme est appelée "vaginisme secondaire". Dans ce cas, le trouble survient au cours d’une vie sexuelle qui se déroulait normalement.

Le vaginisme représente 6 à 15 % des consultations en sexologie

Quel est le profil des patientes touchées ?

Au cours de mes consultations, j’ai constaté que ce sont très souvent des jeunes femmes, âgées d’environ 20 ans, qui souffrent de vaginisme. Cependant, ce trouble sexuel concerne également des personnes, ayant 35 ans et plus, qui se mettent en couple ou se marient plus tard.

À ce jour, la cause exacte du vaginisme est inconnue. Mais quels sont les différents facteurs qui peuvent provoquer ce trouble sexuel ?

Le vaginisme peut survenir après un accouchement qui s’est mal passé ou durant lequel les médecins ont eu recours à des instruments d'extraction, comme les ventouses ou les forceps. Après ce traumatisme, la patiente peut avoir de l’appréhension pour toute pénétration. Chez certaines femmes, le vaginisme se présente après une expérience traumatisante, telle qu’une agression sexuelle ou un viol.

Ce trouble sexuel peut également être provoqué par la peur de perdre sa virginité à cause de certains tabous familiaux ou des croyances religieuses. Dans des familles, la sexualité n’est jamais abordée ou elle est évoquée mais avec des termes négatifs. Autre cas possible : une forte pression est exercée sur la jeune femme pour préserver sa virginité. Cette éducation stricte peut installer la peur et la faire grandir chaque jour un peu plus.

Il est aussi possible que le vaginisme apparaisse en raison de l’angoisse générée par le premier rapport sexuel. En entendant nos amies parler de leur première fois et qui ont eu mal, on peut avoir de l’appréhension.

Comment savoir si l'on en souffre ?

Une femme peut se rendre compte qu’elle souffre de vaginisme si son vagin reste fermé et que le pénis de son partenaire ne parvient pas à y rentrer lors d’un rapport sexuel. Elle peut aussi s’en douter si elle n’arrive pas à y introduire un tampon durant ses règles, un doigt ou un sextoy.

Autre signe : il est impossible de réaliser un toucher vaginal ou d’utiliser un spéculum lors d’une consultation chez un gynécologue. Si la patiente suspecte d’être atteinte de vaginisme, elle doit consulter une sage-femme ou un gynécologue qui doit effectuer un examen médical pour confirmer le diagnostic.

Pour rappel, le vaginisme ne se manifeste pas par des douleurs, car il s’agit d’une hypertonicité au niveau du plancher pelvien. En revanche, des douleurs peuvent survenir si la pénétration est forcée.

Quels professionnels consulter ?

En cas de vaginisme, il est important de consulter un professionnel lorsque l’on en ressent le besoin. On peut se rendre chez une sage-femme, un kinésithérapeute ou un sexologue.

La sage-femme va faciliter la rééducation du périnée en aidant la patiente à prendre conscience de la contraction des muscles pelviens afin que ces derniers se relâchent. Lors des consultations, la praticienne peut utiliser des dilatateurs vaginaux, du plus petit au plus grand diamètre, en massant l’entrée du vagin. Elle peut aussi avoir recours à une crème anesthésiante au niveau des parties endovaginales, plus précisément au niveau du vestibule.

Quant au kinésithérapeute, il va également aider la personne souffrant de vaginisme à rééduquer son plancher pelvien grâce aux exercices de Kegel, à savoir des mouvements de contraction et de relâchement du périnée. Le sexologue va permettre d’avoir plus d’informations sur le vaginisme et de libérer la parole autour de ce trouble sexuel. Il peut aussi donner des techniques de massage du sexe féminin à réaliser seul ou avec son partenaire.

Les femmes touchées par le vaginisme peuvent aussi se tourner vers un spécialiste en médecine esthétique. Ce dernier peut injecter de la toxine botulique, qui agit directement sur les contractions.

Vaginisme : "La déculpabilisation permet aussi de lutter contre ce trouble sexuel"

Quelles solutions permettent de mettre fin à ce trouble ?

Il est possible de guérir du vaginisme grâce une prise en charge pluridisciplinaire et en faisant preuve de patience. Pour venir à bout de ce trouble sexuel, il est conseillé de faire une rééducation du plancher pelvien. On peut aussi miser sur des exercices de relaxation, de la méditation de pleine conscience avec une visualisation mentale de l’ouverture du vagin qui se relâche (par exemple : l’image d’un bourgeon d’une fleur qui s’ouvre). La déculpabilisation permet aussi de lutter contre ce trouble sexuel, car certaines personnes se sentent coupables de ne pas arriver à avoir des rapports sexuels.

Est-il possible de le prévenir ?

On peut prévenir ce trouble sexuel grâce à une éducation parentale moins stricte et l’environnement dans lequel on grandit. En clair, il est préconisé aux parents d’aborder ce sujet avec leurs enfants, mais ces derniers ne doivent pas être non plus exhibitionnistes. Il faut trouver un juste milieu.