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QUESTION D'ACTU

Parcours de soins

L'accès aux spécialistes se restreint

En voulant abaisser de 20 % le taux de remboursement des patients qui consultent un spécialiste en accès direct, le gouvernement prend le risque de pénaliser une partie de la population.


  • Publié 03.10.2008 à 00h00
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Trois Français sur quatre estiment que le système de santé se détériore, selon un récent sondage Ifop publié par le Nouvel Observateur. Ils risquent d'être encore plus nombreux en 2009. Consulter un spécialiste hors parcours de soins pourrait coûter plus cher. Le gouvernement envisage d'abaisser le taux de remboursement de 50 à 30 % pour ceux qui ne passent pas par le cabinet de leur médecin traitant. " Cela représente un reste à charge pour le patient qui peut s'élever à plus de 20 euros pour une consultation chez un spécialiste de secteur 1, si celui-ci applique le dépassement autorisé ", estime le Dr Philippe Le Fur, directeur de recherche à l'Institut de recherche en économie de la santé (IRDES). En secteur 2, qui représente 51 % des spécialistes, le reste à charge sera mécaniquement plus élevé.

Outre le dépassement, le remboursement se fait sur une base plus faible qu'en secteur 1. « En secteur 1, il se calcule sur la base de 28 euros, contre 23 en secteur 2  , constate le dermatologue Gérard Rousselet. Et dans ma spécialité, 40 % de mes confrères sont en secteur 2. »


Si elle est adoptée lors des débats parlementaires, la mesure, aura un impact pour les patients. Déjà, parmi les cinq millions de Français qui n'ont pas de couverture complémentaire, la plupart reconnaissent que l'accès direct au spécialiste est devenu un luxe hors de portée. Et la fréquentation des cabinets de certains spécialistes pourrait, à terme, se limiter aux patients qui ne regardent pas à la dépense. « Nous comprenons la volonté du gouvernement de renforcer le rôle du médecin généraliste, nous y sommes favorables, mais dans certains cas, accéder à un spécialiste relève du premier recours, estime un représentant d'un collectif d'usagers de la santé. Il peut être plus logique et efficace d'aller directement consulter un dermatologue pour une crise aigue d'acné que de passer par le généraliste ».

Côté médecins, les conditions d'exercice des spécialistes de médecine clinique pourraient devenir plus difficiles. D'autant qu'ils ont déjà subi les effets de la mise en place du parcours de soins en 2005. Le nombre de leurs consultations a diminué de 6 % en 2006 par rapport à 2004. Et leur chiffre d'affaire a suvi une courbe parallèle. En première ligne, les médecins de médecine physique et de réadaptation (- 5,6 %), les dermatologues (- 4,8 %) et les endocrinologues (- 4,5 %). Les rhumatologues et les ORL ont également connu une baisse de leurs honoraires moyens (entre - 2,2 % et - 2,8 %).

Pour les cardiologues, « la mise en place du parcours de soins a eu des effets différents en fonction de nos types d'exercice, précise le Dr Jean-François Thébaut, président d'un syndicat de cardiologue (SNSMCV). D'une manière générale, nous avons un faible pourcentage d'actes en accès direct, près de 15 %. Mais celui-ci varie si on exerce dans un grand centre urbain, où l'accès direct peut représenter 95 % de la clientèle. »


Un effet « double peine » sur les patients

Si la majorité des patients (7 sur 10) qui consultent un spécialiste, l'a fait après un passage chez le médecin traitant, il reste encore une part non négligeable de patients qui accède directement au spécialiste. Une étude de l'Irdes sur l'année 2006 le démontre. Par exemple, parmi les patients ayant déclaré un médecin traitant, 38 % d'entre eux sont allés directement vers le dermatologue  sans passer par le médecin traitant et  23 % pour le rhumatologue. Quant aux patients qui n'ont pas de médecin traitant, ils sont 58 % à consulter directement le spécialiste.
Autre  conséquence, selon le Dr Benoit Feger, président du syndicat ORL France, « cette mesure va accroître la pression des patients pour qu'on les inscrive dans le parcours de soins. Et, elle rendra inapplicable l'autorisation de dépassement en secteur 1 pour les patients hors parcours de soins. Si nous l'appliquions, cela aurait un effet de double peine sur les patients ».
« Cette mesure transforme le médecin traitant en distributeur de bons d'accès au spécialiste, regrette le Dr Jean-François Rey. Il faut rappeler à la population que le médecin spécialiste peut aussi inscrire le patient dans le parcours de soins. Il suffit que nous le signalions par courrier au médecin traitant. »

 

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