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QUESTION D'ACTU

Transfert de charges

Le marché de la santé s'ouvre aux complémentaires

Assureurs et mutuelles ne veulent plus être des payeurs aveugles. Ils multiplient les services de conseil et d'orientation auprès de leurs assurés.


  • Publié 11.07.2008 à 00h00
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« Je suis enceinte. J'habite la région parisienne. Quel hôpital ou clinique choisir pour accoucher en toute sécurité ? » A cette interrogation, un nouvel outil conçu par la société "Carte blanche" apporte une réponse. « Guidhospi » est plus qu'un répertoire disponible sur internet, il permet de comparer les établissements d'une même région en fonction du nombre de séjours, de leur durée, des moyens mis en ½uvre pour les soins, de son attractivité. Depuis le 1er juillet, les 1, 9 million d'assurés de Swiss Life peuvent en disposer.

Cette initiative range au rayon des antiquités le site mis en place par le ministère de la Santé en janvier 2007, qui fut le premier à diffuser de l'information sur l'offre et la qualité des soins des établissements. Si l'internaute y trouve des données sur la lutte contre les infections nosocomiales ou le niveau de certification de l'établissement, il se garde bien d'établir des comparatifs.


Parmi d'autres, cette initiative illustre l'engagement des organismes complémentaires à prendre par la main les patients pour les guider dans le système de santé. La Mutualité française a mis en place dans deux régions pilotes en avril dernier une plateforme téléphonique pour ses adhérents. Rodée en Bretagne et en Languedoc-Roussillon, « Priorité santé mutualiste » offre de l'information, une aide à l'orientation, et un accompagnement personnalisé dans quatre domaines : le cancer, les maladies cardio-vasculaires, les addictions et le maintien de l'autonomie. « C'est un moyen d'être plus proche de nos mutualistes, explique le Dr Jean-Martin Cohen Solal, directeur général adjoint de la Mutualité française. Nous lui permettons d'être mieux informé, mieux orienté et mieux accompagné dans le système de santé. Pour nous, c'est le moyen d'être autre chose qu'un simple payeur de soins. »

Ce nouveau service devrait être étendu à l'ensemble des 18 millions d'adhérents courant 2009. La concurrence est vive entre les mutuelles, les assureurs et les instituts de prévoyance. Chacun tente d'intégrer dans ses offres des prestations de prévention et d'orientation pour attirer le client.


L'enjeu de la gestion du risque


D'après le cabinet de conseil Facts & Figures, plus de 90% des Français possèdent une complémentaire santé, les trois quarts des actifs par le biais de leur entreprise. Ce marché se partage aujourd'hui de la façon suivante : 55% pour les mutuelles, 28% pour les sociétés d'assurances et 17% pour les institut de prévoyance. Pour les complémentaires, les enjeux vont devenir de plus en plus importants, si le gouvernement permet un transfert de certains remboursements vers les complémentaires. Le président de la République avait indiqué dès septembre qu'il entendait redéfinir la part relevant de la solidarité et celle relevant de la responsabilité individuelle.

Bouclier sanitaire ? Refonte des ALD ? Extension des différentes franchises et forfaits ? « Tout est encore sur la table nous dit-on du côté de l'Elysée », témoigne Jean-Michel Laxalt, président de l'Union nationale des organismes complémentaires (UNOCAM), qui souhaite que les complémentaires participent aux négociations conventionnelles avec les professionnels de santé. « La loi de 2004 qui nous permet d'être associés aux négociations à condition que les syndicats ne s'y opposent pas doit être révisée , estime le président de l'UNOCAM, car pour l'instant nous restons des payeurs aveugles ».

La question qui se pose aux pouvoirs publics est la suivante : un transfert du régime obligatoire vers les régimes complémentaires est inévitable, vont-ils faire de simples transferts financiers ou des tranferts de gestion du risque ? s'interrogent certains représentants des complémentaires. Dans cette dernière hypothèse, les complémentaires pourraient imposer leurs exigences en matière de qualité aux professionnels de santé.

 

Des perturbations dans le réseau de soins

 

En attendant ce scénario, quelles conséquences ont les initiatives des complémentaires sur les professionnels de santé ? Dans le cadre de réseaux, le cahier des charges des complémentaires comprend pluisuers volets. Premièrement, les tarifs sont négociés. En matière de qualité, les exigences varient en fonction des professions, notamment entre celles qui ont un ordre professionnel et celles qui n'en ont pas. « Pour les professions, comme les opticiens ou les audio-prothésistes, nous pouvons définir un cahier des charges très sophistiqué en matière de qualité : plateau technique, charte de déontologie, diplôme, explique un représentant de Santé Clair, qui a développé des réseaux auprès des dentistes, des opticiens, des pharmaciens, des audioprothésistes et en chirurgie ophtalmique réfractive. Par contre, pour ceux qui ont un ordre professionnel, il est interdit de faire des références à la qualité ».

Concernant les plates-formes de conseil ou de coaching ? « Nous ne cherchons pas à concurrencer le médecin traitant mais au contraire à le suppléer, souligne le Dr Cohen-Solal. Nous incitons nos adhérents à en parler à leur médecin traitant. La mise en place de Priorité Santé mutualiste s'est fait en accord avec les unions régionales de médecins libéraux concernées ». Et la Mutualité française explique les informations diffusées par ce nouveau service ont été établies en partenariat avec l'Institut national contre le cancer, la Fédération française de cardiologie, l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie et l'Office français du tabagisme.

Pourtant, les réactions ont été méfiantes à l'Urml de Bretagne. Certains s'inquiètent des perturbations dans le parcours de soins coordonnés, et que les patients passent au-dessus du médecin traitant. « En matière de cancérologie, ce service arrive un peu trop tard, explique le Dr Erik Monpetit, oncologue et président du réseau régional d'oncologie. Par le biais du plan cancer, le parcours a été bien défini. Alors si une plate-forme téléphonique vient dire au patient d'aller s'adresser chez un autre spécialiste que celui conseillé par le médecin traitant, cela jette de la suspicion dans la relation médecin-malade ». En outre, « la multiplication de plates-formes développées par les complémentaires, sans oublier celles de l'Assurance-maladie, entrent en contradiction avec les discours qui annoncent le renforcement du rôle du médecin traitant, estime un généraliste.


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