- En cas de grippe, le virus peut se transporter jusqu'au cœur et atteindre des cellules musculaires responsables de la contraction et de la relaxation rythmiques du cœur.
- Cela peut provoquer des lésions tissulaires et compromettre la fonction cardiaque.
- Un traitement à base d'ARN modifié pourrait protéger le cœur tout en préservant l'immunité antivirale dans les poumons.
La grippe peut mettre votre cœur à rude épreuve. C’est ce que révèle une étude publiée dans la revue Immunity. Afin de parvenir à cette conclusion, des chercheurs du Mount Sinai School of Medicine (États-Unis) sont partis d’un constat : "nous savons depuis des années que la fréquence des infarctus augmente pendant la saison de la grippe, mais, hormis l'intuition clinique, les mécanismes sous-jacents à ce phénomène restent mal connus." Dans le cadre des recherches, l’équipe a examiné les autopsies de 35 patients hospitalisés décédés de la grippe. Plus de 85 % d'entre eux présentaient au moins une comorbidité cardiovasculaire significative, comme l'hypertension, et que la majorité souffrait de comorbidités multiples, notamment l'athérosclérose et la fibrose cardiaque.
Grippe : l'interféron de type 1 contribue aux lésions cardiaques consécutives à une infection sévère
Ces résultats ont aussi été observés chez des souris. "Nous avons découvert que la cellule pro-dendritique 3 agit comme un véritable cheval de Troie pour le système immunitaire lors d'une infection grippale", a déclaré Jeffrey Downey, auteur principale de l’étude. Peu après l'infection pulmonaire, le virus infecte un nouveau sous-type de globules blancs, appelé pro-cellules dendritiques 3. Après avoir migré vers le cœur, celui-ci produit de grandes quantités d'interféron de type 1, une cytokine antivirale. Au lieu d'éliminer le virus du cœur, cet interféron provoque la mort des cardiomyocytes (des cellules musculaires spécialisées responsables de la contraction et de la relaxation rythmiques du cœur), ce qui diminue le débit cardiaque et augmenter le risque d'infarctus ou d'autres événements cardiovasculaires majeurs.

Le traitement à base d'ARN modifié atténue les dommages cardiaques causés par la grippe
Ensuite, l’équipe a voulu déterminer si l'utilisation d'une méthode d'administration systémique du mod-ARN thérapeutique aux cellules musculaires cardiaques était efficace pour atténuer le risque cardiovasculaire après la grippe. Selon les résultats, le traitement à base d'ARN modifié, qui module la voie de signalisation de l'interféron de type 1, aide à réduire les lésions cardiaques consécutives à une infection virale, "comme en témoigne la diminution de la troponine (protéine du muscle cardiaque qui permet la contraction musculaire) et le montre l'augmentation de la fraction d'éjection ventriculaire gauche", tout en préservant la réponse antivirale protectrice du système immunitaire.
La prochaine étape ? Comprendre pourquoi la cellule pro-dendritique 3 est si vulnérable à la grippe et déterminer comment exploiter pleinement son potentiel protecteur. "Les agents pathogènes émergent et évoluent constamment, ce qui signifie que nos stratégies pour les combattre doivent également évoluer", a conclu Filip Swirski, qui a participé aux travaux.


