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Activité physique : les J.O. ont-ils vraiment un effet d’entraînement ?

Par Jean-Guillaume Bayard

Contrairement aux idées reçues, accueillir les Jeux Olympiques n’entraînerait pas une augmentation de la pratique sportive dans la population.

Delpixart/iStock
Le gouvernement français veut s'appuyer sur les JO prévus en 2024 pour avoir une stratégie à long terme et faire en sorte que chaque enfant pratique au moins 30 minutes d'activité physique quotidienne.
La plupart des derniers JO n’ont pas eu pour effet d’augmenter la participation sportive des citoyens dans les pays hôtes, ceux de Londres en 2012 ont même été suivis par une diminution du nombre de licenciés.

C’est l’un des chevaux de bataille du ministre de l’éducation nationale. Jean-Michel Blanquer souhaite que chaque enfant pratique au moins 30 minutes d’activité physique quotidienne. Dans son plan d’action pour parvenir à cet objectif, il s’appuie sur les futurs Jeux Olympiques de Paris, qui auront lieu en 2024, comme il l'a répété lors de l'ouverture des jeux de Tokyo. Mais en fait, accueillir les JO pourrait ne pas avoir beaucoup d’impact sur la pratique sportive des enfants. Telle est la conclusion d’une étude parue le 21 juillet dans la revue The Lancet qui a analysé l’évolution du nombre de licenciés dans les pays hôtes des derniers tournois olympiques.

La marque olympique pas suffisamment exploitée

La plupart des JO n’ont pas eu pour effet d’augmenter la participation sportive des citoyens dans les pays hôtes. “La valeur de la marque des Jeux olympiques n'a pas été suffisamment utilisée” pour augmenter l'activité physique de la population, regrette Masamitsu Kamada, professeur à l'université de Tokyo et membre de l'équipe de recherche. Les scientifiques ont analysé les changements dans la participation aux sports et à d'autres activités physiques avant et après huit Jeux olympiques organisés après 1996.

Pour les chercheurs, il faut davantage s’appuyer sur des objectifs à long terme pour inciter les citoyens à faire du sport. Deux JO ont par ailleurs entraîné une augmentation de l'activité physique mais ces résultats ont été rapidement remis en cause par les auteurs de l’étude. Cela concerne d’abord les Jeux olympiques d’hiver de Nagano en 1998 qui, s’ils ont été suivis d’une plus grande pratique sportive, il n'y a eu aucun changement dans la participation aux sports d'hiver comme le ski. Concernant les Jeux de Beijing, les données seraient insuffisantes pour permettre de faire un lien de cause à effet.

Les Jeux Olympiques, une locomotive

Le gouvernement français veut s'appuyer sur les JO prévus en 2024 pour avoir une stratégie à long terme. “L'idée c'est qu'avec Paris 2024, nous voulons que tout le monde fasse du sport, que la société française fasse du sport, a résumé Jean-Michel Blanquer au micro de France 2 depuis Tokyo où se déroule le tournoi olympique, ce dimanche. Le sport ce n'est pas que les Jeux Olympiques. Ils sont la locomotive pour que tout le monde fasse du sport et ça commence par les enfants.”

En réaction aux propos du ministre de l'éducation nationale, Marc Perelman, professeur des universités, spécialiste du sport, remet en doute l'image de la locomotive que serait les JO pour la pratique sportive. “Aux Jeux de Londres, par exemple, on s'est aperçu que les licenciés avaient diminué, a-t-il souligné sur le plateau de Arte pour l'émission 28 Minutes de ce mardi 26 juillet. (...) Les Jeux Olympiques n'ont rien de comparable avec apprendre à nager ou faire 30 minutes de sport. La confusion est terrible.”

Le sport, un outil pour booster l’apprentissage

Avec de plus en plus de personnes travaillant à domicile et restant généralement à la maison pendant la pandémie de coronavirus, l'importance de l'activité physique augmente”, a affirmé Masamitsu Kamada.

D’autant que cela a des bienfaits au-delà du simple gain physique. Une récente étude, parue le 11 mai dans le Journal of Speech, Language and Hearing Research, des chercheurs américains de l'université du Delaware montrent comment faire du sport aident les enfants dans leur apprentissage. Ils assurent que cela permet notamment de booster la mémorisation de nouveau vocabulaire.

Dans une expérience, des enfants âgés de 6 à 12 ans ont appris de nouveaux mots avant de faire l'une des trois choses suivantes : nager, participer à des exercices de CrossFit ou remplir une feuille de coloriage. Le résultat a montré que ceux qui ont nagé étaient 13% plus précis dans les tests de suivi des mots de vocabulaire. “Le mouvement moteur aide à coder de nouveaux mots”, assure Maddy Pruitt, autrice principale de l’étude. Le fait que la natation ait eu plus d’effet que le CrossFit, pourtant une activité physique, s’expliquerait par le fait que la natation est une activité que les enfants pourraient accomplir sans trop y penser ou sans instruction. “C'était plus automatique, alors que les exercices de CrossFit étaient nouveaux pour eux, ajoute Maddy Pruitt. Les enfants avaient besoin d'apprendre les mouvements, ce qui nécessitait de l'énergie mentale.”