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Psilocybine

Un principe actif du LSD aiderait à arrêter de fumer

Par Charlotte Arce

Se sevrer de la cigarette grâce à un psychotrope présent dans le LSD : c’est ce que promettent des chercheurs américains. Utilisée dans un cadre thérapeutique, la psilocybine présenterait des résultats très encourageants.

chrupka/iStock

La psilocybine : vous ne connaissez très probablement pas le nom de cette substance active. Pourtant, c’est grâce à elle que le LSD s’est fait un nom en tant que drogue psychédélique à partir des années 50. Issu des champignons hallucinogènes, ce psychotrope est aujourd’hui interdit aux États-Unis mais pourrait bien bénéficier prochainement d’un retour en grâce.

Les Échos rapportent en effet que des chercheurs américains s’intéressent de près aux effets de la psilocybine sur la santé mentale et qu’elle aurait démontré des propriétés thérapeutiques étonnantes, en particulier pour se sevrer de la cigarette.

Une molécule longtemps interdite

Rattachés à la California Integral Studies, une université dédiée aux médecines alternatives basée à San Francisco, des chercheurs ont épluché un millier d’études cliniques réalisées dans le cadre de 70 programmes de recherche lancés dans les années 1950 et 1960 et qui démontraient déjà les résultats prometteurs de la psilocybine pour soigner la dépression ou l’addiction à l’alcool. Jusqu’à l’émergence de la contre-culture hippie, "le LSD et la psilocybine étaient vus comme des médicaments miracles par une grande partie de l'élite psychiatrique", explique aux Échos Michael Pollan, professeur en journalisme à l’Université de Berkeley.

Mais la multiplication des "trips" sous acide dans les années 1960 a fait peur aux autorités américaines, qui ont décidé de légiférer. En 1966, le laboratoire pharmaceutique suisse Sandoz, qui commercialisait la psilocybine, est contraint de retirer la molécule du marché. La recherche scientifique pâtit de facto de cette interdiction et en 1977, a lieu la dernière étude clinique sur le psychotrope.

Des résultats spectaculaires

Il a donc fallu attendre des décennies avant que les chercheurs ne s’intéressent à nouveau aux propriétés thérapeutiques de cette substance psychédélique. Et elle a une fois encore montré des résultats spectaculaires dans le traitement de la dépression et de l’addiction à la cigarette. Ce psychotrope est d’autant plus intéressant d’un point de vue thérapeutique que, contrairement à d’autres drogues comme la cocaïne, il n’engendre aucune addiction et ne peut provoquer d’overdose, explique aux Échos David Nutt, professeur de pharmacologie à l'Imperial College London.

Une première étude menée par l’Université Johns Hopkins sur l’addiction à la nicotine a ainsi démontré que 80% des patients ayant reçu un traitement à base de psilocybine ne fumaient plus de cigarettes après 6 mois, et 67% après 12 mois de traitement.

Une autre étude, cette fois-ci réalisée conjointement par l’Université Johns Hopkins et la New York University (NYU), a démontré que la substance active était particulièrement efficace pour soulager la dépression chez les personnes ayant un cancer en phase terminale. Sur les 80 patients participant à l’expérience, 80% se disaient significativement moins anxieux 6 mois après avoir pris une forte dose de psilocybine lors d'une session accompagnée avec un psychothérapeute.

Reste qu’aussi miraculeuse soit-elle, la psilocybine n’est toujours pas autorisée sur le marché américain. Cela pourrait bientôt changer. En 2017, l’Agence américaine du médicament a ainsi demandé à la NYU d’élargir son étude sur la dépression à l’ensemble de la population. D’autres essais sur la molécule sont aussi en cours chez les adultes autistes et les personnes souffrant de troubles alimentaires.