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150 minutes par semaine

L’exercice physique est efficace contre l’insuffisance cardiaque

Par Charlotte Arce

Selon une vaste étude réalisée auprès de 11 000 Américains, pratiquer une activité physique sur une longue période diminue significativement le risque d’insuffisance cardiaque. Et au contraire, ne pratiquer aucune activité sportive à l’âge mûr est lié à un risque accru de maladie.

Ridofranz/iStock

Exercice physique et insuffisance cardiaque ne sont pas antinomiques. Bien au contraire. C’est ce que met en avant une étude menée par des chercheurs de l’Université Johns Hopkins Medicine parue le 15 mai dans la revue Circulation. Selon les chercheurs, pratiquer un exercice physique régulier et sur le long terme améliorerait significativement le pronostic des malades à bout de souffle.

L’exercice physique, pilier du traitement contre l’insuffisance cardiaque

L’insuffisance cardiaque est marquée par une incapacité chronique du cœur à pomper suffisamment de sang ou à le pomper assez fort pour apporter l'oxygène nécessaire à l'organisme. Principale cause d'hospitalisation chez les personnes de plus de 65 ans, les facteurs de risque de ce trouble comprennent l'hypertension artérielle, l'hypercholestérolémie, le diabète, le tabagisme et les antécédents familiaux. En France, plus d’un million de personnes souffrent de cette pathologie, tandis qu’elle affecte entre 5 et 6 millions d’Américains.

"La population des personnes atteintes d'insuffisance cardiaque augmente parce que les gens vivent plus longtemps et survivent aux crises cardiaques et à d'autres formes de maladies cardiaques ", explique Roberta Florido, boursière en cardiologie au Johns Hopkins Ciccarone Center for the Prevention of Cardiovascular Disease. "Contrairement à d'autres facteurs de risque de maladies cardiaques comme l'hypertension artérielle ou l'hypercholestérolémie, nous n'avons pas de médicaments spécifiquement efficaces pour prévenir l'insuffisance cardiaque. Nous devons donc identifier et vérifier les stratégies efficaces de prévention et les faire connaître au public."

Au moins 150 minutes d’exercice modéré par semaine

Parmi ces stratégies de prévention, l’exercice physique s’avère être l’une des plus efficaces. Plusieurs études précédentes suggéraient que les personnes physiquement actives présentaient moins de risques d’insuffisance cardiaque que celles sédentaires. Ces nouveaux travaux vont plus loin, puisqu’ils s’intéressent à l'impact des changements des niveaux d'exercice au fil du temps sur le risque d'insuffisance cardiaque.

Les chercheurs ont ainsi utilisé les données déjà recueillies auprès de 11 351 participants à l'étude à long terme sur le risque d'athérosclérose. Ces derniers avaient été recrutés de 1987 à 1989 en Caroline du Nord, dans le Mississippi, le Minnesota et le Maryland.

Tous ont fait l'objet d'une surveillance annuelle pendant 19 ans pour les maladies cardiovasculaires comme les crises cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux et l'insuffisance cardiaque au moyen d'entrevues téléphoniques, de dossiers hospitaliers et de certificats de décès. Au cours de l'étude, il y a eu 1 693 hospitalisations et 57 décès dus à l'insuffisance cardiaque.

En plus de ces mesures, chaque participant a rempli tous les six ans un questionnaire qui lui demandait d'évaluer son niveau d'activité physique, qui était ensuite classé comme faible, intermédiaire ou "recommandé", conformément aux lignes directrices de l'American Heart Association. Celles-ci recommandent 75 minutes d’exercice minimum par semaine en cas d’intensité vigoureuse et au moins 150 minutes par semaine en cas d’exercice d’intensité modérée.

"Nos résultats suggèrent qu'une participation constante aux 150 minutes d'activités modérées à vigoureuses recommandées chaque semaine, comme la marche rapide ou le vélo, à l'âge moyen peut suffire à réduire le risque d'insuffisance cardiaque de 31 %", explique Chiadi Ndumele, professeur adjoint de médecine à la Johns Hopkins University School of Medicine et l'auteur principal de l'étude. "De plus, passer de l'absence d'exercice à des niveaux d'activité recommandés pendant six ans peut réduire le risque d'insuffisance cardiaque de 23 %."

Il n’est jamais trop tard pour réduire le risque d’insuffisance cardiaque

Le risque d'insuffisance cardiaque a aussi diminué d'environ 12 % chez les 2 702 participants qui ont augmenté leur activité physique de faible à intermédiaire ou recommandée, ou d'intermédiaire à recommandée, comparativement à ceux dont l'activité physique est constamment faible ou intermédiaire.

Inversement, le risque d'insuffisance cardiaque a augmenté de 18 % chez les 2 530 participants qui ont déclaré avoir diminué leur pratique de l’exercice physique, comparativement à ceux dont le niveau d'activité recommandé ou intermédiaire est constant.

Ces résultats sont toutefois à nuancer, précisent les chercheurs. En effet, il s’agit là d’une étude d’observation, ce qui signifie que les résultats ne peuvent pas et ne montrent pas de lien direct de cause à effet entre l'exercice physique et l'insuffisance cardiaque. Ils affirment cependant que les tendances observées dans les données recueillies sur les adultes d'âge moyen suggèrent qu'il n'est peut-être jamais trop tard pour réduire le risque d'insuffisance cardiaque en faisant de l'exercice modéré.