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QUESTION D'ACTU

Tabagisme et inégalités sociales

Prix du tabac : la hausse ne suffit pas à dissuader les plus défavorisés

Le paquet de cigarettes va augmenter d'un euro d'ici le 1er mars. Mais la hausse du prix du tabac ne suffit pas à enrayer le tabagisme des populations les plus défavorisées.

Prix du tabac : la hausse ne suffit pas à dissuader les plus défavorisés ArtsyBee / Pixabay

  • Publié 06.02.2018 à 07h45
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Et de deux. Pour la deuxième année consécutive, le prix du tabac va connaître une hausse. L’arrêté, publié dimanche 4 février au Journal officiel, dresse la liste de tous les produits destinés à augmenter d’ici le 1er mars prochain. Avec une hausse globale de 1 euro pour le paquet de cigarettes et de 2 euros pour la blague de tabac à rouler, cette mesure matérialise la "hausse drastique" du tabac défendue par la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

Le prix du paquet s’étalera donc entre 7,50 euros pour les cigarettes les moins chères et 9,10 euros pour les plus coûteuses. À y regarder de plus près, certains fabricants ont décidé d’absorber leur hausse en rognant sur leur marge, de façon à ne pas dépasser la barrière psychologique des 8 euros. C’est notamment le cas de Philipp Morris (Marlboro), qui annonçait pourtant il y a peu, et à grand renfort de communication, son intention d’abandonner la cigarette classique.

Les pauvres fument de plus en plus

Mais les hausses du tabac, si dissuasives soient-elles, suffisent-elles à faire une politique de prévention efficace ? L’année dernière, l’agence Santé publique France alertait sur les mauvais résultats de la politique actuelle de lutte contre le tabac chez les populations les plus défavorisées. Entre 2010 et 2016, alors que la prévalence du tabagisme est passée de 23,5 % à 20,9 % parmi les personnes à haut revenu (dernier tiercile), elle a augmenté de 35,2 % à 37,5 % chez les plus bas revenus (premier tiercile).

Évolution de la prévalence du tabagisme quotidien selon le revenu par unité de consommation. Les plus bas revenus figurent en trait plein bleu. Source : Baromètre santé 2016, Santé publique France.

"Ces fumeurs-là ne trouvent pas beaucoup d’aide, sont très dépendants, vont éventuellement réduire leur consommation mais surtout trouver des alternatives, explique le Dr Alice Deschenau, psychiatre au groupe hospitalier Paul Guiraud (Villejuif) et secrétaire générale adjointe de la Société francophone de tabacologie (SFT). Cela peut être tirer plus sur les cigarettes, passer au tabac à rouler, ou encore se reporter sur les achats de contrebande ou transfrontaliers."

Un remboursement limité

Ainsi, et même si la hausse du prix du tabac tend à grever davantage leur budget, les personnes les plus défavorisées semblent globalement moins sensibles aux politiques de prévention traditionnelles. "On prend en exemple des pays où l’augmentation du prix du tabac a eu un gros impact, poursuit Alice Deschenau. Mais l’Australie, par exemple, a aussi mis en place la gratuité d’accès aux traitements."

En France, le remboursement des substituts nicotiniques (patchs, chewing-gums, etc.) est plafonné à 150 euros par an et par personne. "Quand on est un gros fumeur, il faut souvent quatre à six mois de substitution, explique Alice Deschenau. Avec 150 euros, c’est déjà bien quand on couvre deux mois de traitement, d’autant que le patient doit avancer les frais."

Le facteur économique

D’autres facteurs contribuent à rendre les personnes en situation précaire plus vulnérables au tabac, à commencer par leur relation à la santé. "C’est un résultat classique de la sociologie : la précarité raccourcit l’horizon temporel", résumait le sociologue de la santé Patrick Peretti-Watel, dans une intervention de 2012.

Moins enclines à se projeter dans le futur, les personnes en situation de précarité sont moins réceptives à la prévention classique, surtout centrée sur les hausses des prix et les campagnes d’information. Et la pauvreté, quant à elle, n’a cessé de progresser depuis la crise de 2008.

Du nouveau cette année ?

"On a l’impression qu’on continue de considérer le tabac comme un facteur de risque et non comme un problème de santé en soi, estime Alice Deschenau. On ne peut pas dire que ce n’est pas du tout traité par le gouvernement, mais pour l’instant les seuls points détaillés sont l’augmentation du prix du tabac et la lutte contre la contrebande. »

Très engagée sur la lutte contre le tabac lorsqu’elle était présidente de l’Institut national du cancer (INCa), la ministre Agnès Buzyn a annoncé la mise en œuvre d’un nouveau Programme national de réduction du tabagisme (PRNT) au printemps 2018. En attendant, le paquet à dix euros est déjà annoncé, à horizon 2020. Le portefeuille avant le reste.

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