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QUESTION D'ACTU

Méthode naturelle

Echecs de l'application de contraception basée sur les méthodes naturelles. L'inventeur se défend mollement et l'enquête se poursuit

Rappel : L'application suédoise Natural Cycles voulait mettre un peu d'informatique autour des méthodes de contraception naturelles de nos grand-mères. Surprenante validation CE car l'algorithme n'améliore pas le caractère approximatif de la méthode Ogino ou de celle des températures. Des hôpitaux suédois dénoncent des grossesses non désirées. Le fabricant se défend en accusant les femmes. L'enquête des autorités de santé se poursuit. 

Echecs de l'application de contraception basée sur les méthodes naturelles. L'inventeur se défend mollement et l'enquête se poursuit koya979

  • Publié 24.01.2018 à 10h43
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"C'est une mauvaise utilisation de la part des femmes..." C'est ainsi que l'on peut résumer la réponse de la société Natural Cycles sur son site http://blog.naturalcycles.com/official-statement-on-the-current-media-attention/

En déclarant en effet 7 % d'échecs dus à une mauvaise utilisation de la méthode par les femmes. Basée sur la prise de température et le jour du cycle, l'algorithme fait le calcul et donne un code vert, pour les rapports qui peuvent être non protégés, et rouge, pour les rapports qui doivent être protégés ou l'abstinence. C'est l'utilisation en code rouge qui justifierait ces 7 % d'échecs. Ce qui est d'ailleurs un score médiocre si on le compare à ceux obtenus par la pilule ou le stérilet. La société va d'ailleurs plus loin en déclarant une efficacité de 99 % (ce qui est le score de la pilule) avec une utilisation "optimale" de l'application. Le "optimale" n'étant pas vraiment précisé. Les spécialistes de la fécondation trouvent tous ces chiffres fantaisistes, et surtout, leur promotion dangereuse auprès de femmes qui, à juste titre, sont fatiguées de prendre un médicament tous les jours alors qu'elles sont en parfaite santé. On touche là à toute l'ambiguïté de la contraception féminine... Mais c'est un autre débat.

Les tribunaux trancheront

Pendant ce temps, les hôpitaux suédois persistent et signent. L'agence des produits médicaux, l'AMP, qui est en Suède l'équivalent de notre Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM), diligente une enquête pour connaître l'ampleur des échecs de l'application. Il est maintenant probable que tout cela se terminera devant les tribunaux. L'application Natural Cycles se présente, en effet, comme une méthode alternative à la pilule contraceptive, aussi fiable, et bénéficiant d'une validation de l'agence européenne matérialisée par un marquage CE.
Un hôpital suédois, qui s'est chargé des 37 avortements liés à cette méthode, a émis un signalement auprès de l'agence de santé suédoise responsable de la régulation de ce type de produits, afin de voir si d'autres grossesses non désirées ne seraient pas attribuables à cette méthode très faillible.

Un dossier dans lequel les preuves sont légères

Le site de Natural Cycles affirme haut et fort qu’il s'agit de la seule application contraceptive certifiée avec un marquage CE et il revendique une efficacité contraceptive de 93 % (soit un indice de Pearl de 7), alors que celle de la pilule est de 91 %. De nombreuses femmes ont été naturellement séduites.
Cette assertion n'est pourtant basée que sur une étude rétrospective, c'est-à-dire totalement non contrôlée, parue dans la revue The European Journal of Contraception & Reproductive Health Care, qui n'est pas vraiment une référence absolue. La lecture de l'article fait apparaître une étude réalisée par les propriétaires de l'application, absolument pas comparative par rapport à la pilule, et qui n'aurait jamais dû conduire à un marquage CE.
En analysant plus de 4 000 femmes qui ont utilisé l'application (on ne sait pas combien de temps, mais environ 6 mois en moyenne dans l'étude), les auteurs calculent ce taux de 93 % de succès.
Le fait que le premier auteur soit un prix Nobel n'arrange pas forcément les choses, car elle a obtenu un prix Nobel dans la physique des particules (ce qui n'a rien à voir ni avec la contraception, ni avec les statistiques) et elle est surtout la propriétaire de l'application, ce qui constitue un conflit d'intérêts majeur.

Une fraude intellectuelle

Régulièrement, les méthodes naturelles d’autrefois refont surface… Jusqu’à cette application qui prétend améliorer leur efficacité mais qui reste basée sur les cycles d’ovulation des femmes, la température, l'irrégularité des cycles et la survie naturelle des spermatozoïdes... éléments physiologiques éminemment variables.
Ce n'est pas parce que l'on met un algorithme de calcul, qui évite certes les erreurs de calcul, que l'on améliore pour autant la fiabilité de la méthode des températures, matinée de méthode Ogino, car les cycles physiologiques ne sont naturellement pas d’une précision millimétrique.
Malgré toute l’aide du digital, l'environnement Prix Nobel et le marquage CE, la réussite éclatante promise n'est pas au rendez-vous.

Probablement plus de grossesses non désirées

Selon le porte-parole de l'application : "aucune méthode contraceptive n'est efficace à 100 %", et il se justifie en disant que 37 grossesses sur 700 000 utilisatrices, c'est un chiffre attendu avec une efficacité de 93 %, mais cela ne correspond en fait pas à la réalité.
En 1 an, l'application aurait été téléchargée 700 000 fois dans le monde, mais seulement 125 000 fois en Suède, ce qui ferait 37 grossesses "connues" sur 125 000 utilisatrices. Or, rien ne nous dit que les 125 000 femmes qui ont téléchargé l'application s'en servent toujours et rien ne nous dit non plus qu'il n'y a eu que 37 grossesses non désirées : un seul hôpital a pris la peine de signaler le rapport entre des avortements et l'utilisation de l'application.
En effet, un seul hôpital a signalé ces grossesses car il a été alerté par le rapport entre ces 37 avortements et l'application. Mais, rien ne dit que d'autres hôpitaux n'y ont pas été confrontés : jusqu'à maintenant, les accidents de contraception ne sont pas soumis à un signalement obligatoire. C'est justement pour savoir s'il n'y a pas d'autres grossesses non désirées avec cette méthode que le signalement a été fait. De plus, on peut imaginer que toutes les grossesses non désirées avec Natural Cycles n'ont pas conduit à un avortement.
On est donc probablement très loin des 93 % de taux de succès et il convient de se rappeler que ces méthodes restent très approximatives.

Comme disent les Anglo-saxons : "Garbage in, garbage out" (si vous mettez des déchets dans l'ordinateur, il en sortira des déchets !)

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