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Puces santé

Un laboratoire d’analyses médicales sous la peau

Par Fabien Goubet

Des scientifiques développent des implants électroniques toujours plus performants. Certains vont déclencher un sensation de sasiété, d'autres vont mesurer des marqueurs dans le sang.

EPLF
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Des puces électroniques implantées dans le corps humain pour soigner les patients ou aider au diagnostic ? Ce n’est pas de la fiction, de nombreuses équipes de recherche y travaillent déjà. Les implants ne sont pas une nouveauté en eux-mêmes. Depuis 2001, les femmes qui le désirent peuvent se faire implanter l’Implanon (remplacé par le Nexplanon en 2011), un petit cylindre capable de diffuser dans le sang une hormone contraceptive de synthèse. En neurologie, des électrodes sont implantées dans le cerveau de certains patients souffrant de la maladie de Parkinson afin de réduire leurs troubles moteurs. Aujourd’hui, les progrès en microélectronique laissent entrevoir des implants de deuxième génération, beaucoup plus évolués.

Et si les médecins étaient capables de connaître la composition sanguine de leurs patients en temps réel ? C’est ce à quoi travaillent des chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), en Suisse. Leur équipe, menée par les Prs Giovanni de Micheli et Sandro Carrara vient de présenter à Grenoble un nouveau modèle d’implant électronique intelligent, capable d’analyser le flux sanguin et d’en déduire la concentration en sucre, en cholestérol et en plusieurs protéines.



A peine plus gros qu’un grain de sable, l’implant est constitué de cinq capteurs (1 par substance) dont la surface est recouverte d’enzymes reconnaissant spécifiquement les molécules recherchées. Le tout est complété par un pansement intelligent placé sur la peau, quelques milimètres au-dessus de l’implant. Il intègre un module radio qui envoie les données collectées à un smartphone ou un ordinateur via Bluetooth, ainsi qu’un module qui fournit à l’implant l’énergie nécessaire pour fonctionner. Car dans ce type d’appareil, pas question de se servir de batteries ordinaires, dangereuses pour la santé.

Ecoutez le Pr de Micheli, directeur de l'institut d'ingénierie électronique de l'EPFL :  «  il a fallu trouver une alternative aux batteries et aux fils ».  

Pour ne pas endommager les tissus, les ingénieurs ont eu recours à des ondes électromagnétiques très peu intenses.

Ecoutez le Pr de Micheli :  «  la puissance et la fréquence des ondes sont minimes ».


Grâce à ce type d’implant, les médecins pourraient avoir accès en temps réel à de précieuses données médicales sans attendre des résultats d’analyse. Il deviendrait ainsi plus facile d’administrer les meilleurs dosages médicamenteux à des patients suivant une chimiothérapie par exemple.
Reste à voir si cet appareil est fiable ou non, en conditions réelles. Les premiers tests ont montré qu’il est aussi efficace que les méthodes classiques d’analyse du sang. Quant à ceux qui pourraient s’effrayer de se transformer en cyborg, Giovanni de Micheli les rassure : un tel implant n’est prévu pour fonctionner que jusqu’à un mois, le temps du traitement. Rendez-vous d'ici cinq ans pour les premiers essais cliniques.

Deux implants coupe-faim

Un autre domaine pourrait bénéficier de ces implants électroniques : celui des thérapies contre l’obésité. Plusieurs équipes travaillent à la conception d’implants capables d’envoyer des signaux nerveux au cerveau afin de déclencher une sensation de satiété.

En Grande-Bretagne, une équipe de l’Imperial College dirigée par les Prs  Chris Toumazou et Stephen Bloom vient de mettre au point un tel appareil. Ce dernier est attaché au nerf vague, qui est notamment impliqué dans le contrôle de l’appétit. Grâce à ses capteurs, il analyse et interprète les signaux électriques et chimiques circulant le long du nerf et prévient le cerveau lorsqu’il considère qu’il faut arrêter de manger. La personne implantée se sent ainsi rassasiée. Les essais cliniques sur les animaux sont en train de démarrer, et les médecins espèrent essayer leur implant chez l’homme d’ici trois ans.

Et il y a fort à espérer que cela marche. Une puce électronique comparable est d’ailleurs déjà à l’essai aux Etats-Unis. En février dernier, la société EnteroMedics a ainsi testé son implant auprès de 239 patients. Quoique moins évolué que son homologue britannique, il s’agit d’une sorte de pacemaker qui régule l’activité du nerf vague. Résultat, les patients qui ont reçu l’implant ont pu perdre près de 25 % de poids supplémentaire comparé aux patients témoins. L’implantation de ces circuits électroniques constituerait un bénéfice important pour les obèses. Elle est en effet bien moins risquée que certains actes chirurgicaux tels que la pose d’un anneau gastrique, dont les risques ne sont pas négligeables.