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Soigner le diabète "au bistouri"

Par le Dr Yann Maël Le Douarin

L’actualité santé est riche en nouveautés qui suscitent chez nos internautes des questions complémentaires. Posez vos questions… Les réponses du Dr Yann Le Douarin Des obèses qui ont été opérés pour réduire leur estomac ou leur intestin ont vu leur diabète de type 2 disparaître. Peut-on désormais soigner le diabète "au bistouri" ?

epictura/sunabesyou

YLD : C’est une découverte due au hasard, mais il est vrai qu’en opérant certains obèses, on s’est aperçu que leur diabète de type 2 disparaissait de façon totalement mystérieuse. Une guérison qui fait beaucoup de bruit parce qu’elle est spectaculaire et qu’on l’explique mal.

On estime qu'il y a en France 2 millions de diabétiques de type 2 (sans compter tous ceux qui le sont mais qui l'ignorent...). 80 % des diabétiques ont un excès de poids, et plus d’un tiers sont obèses. Chez ceux-ci, malgré le traitement médical, la moitié décède d’une maladie de cœur, ce qui témoigne du niveau d’échec des médicaments.

Déjà, c'est quoi cette méthode ?

YLD : Un anneau pour diminuer la taille de l’estomac ou encore une dérivation pour accélérer la digestion. C’est devenu très populaire, parce que cela marche bien pour perdre beaucoup de poids. On estime que plus de 500 000 Français sont déjà dans les normes de l’intervention. Des normes qui vont certainement encore baisser, bien qu’attention, cela reste de la chirurgie, donc un traitement avec certains risques liés à l’opération et surtout le manque de suivi !

L'idée, c'est de faire maigrir les patients. Mais en quoi ça "règle" le problème du diabète ? On a suffisamment de recul ?

YLD : Les choses restent à éclaircir, mais beaucoup d’études sont faites sur le sujet. Maigrir fait baisser le taux de sucre. Mais ce n’est pas tout, l’opération modifie la sécrétion de certaines hormones digestives (impliquées dans la régulation de la prise alimentaire et de l’absorption du sucre).
 

Quels résultats donne cette méthode "chirurgicale" ?  On a suffisamment de recul pour le savoir, pour se prononcer ?

YLD : C’est bien cela le plus étonnant. On observe la disparition du diabète chez ces opérés jusqu’à 81 % des cas, en moins de 2 ans. Le recul est désormais de plus de cinq ans pour les premiers opérés. Ce sont des résultats incroyables !

Compte tenu de ce que vous nous dites, on peut imaginer que les patients vont se bousculer pour se faire poser un anneau ?

YLD : Oui, c’est bien cela qui inquiète les médecins parce que la technique n’est pas sans risque et qu’on ne peut pas décemment la banaliser. Mais ce que l’on ne proposait autrefois qu’à de très gros obèses, on va désormais le proposer à des « très gros » pour peu qu’ils soient diabétiques et hypertendus, donc à « gros » risque. En aucun cas pour des diabétiques qui ne sont pas en surpoids.

Mais on est bien d'accord, se faire poser un anneau juste pour maigrir, au lieu de faire un régime, ce n’est pas une bonne idée ?

YLD : Vous avez théoriquement raison, mais le problème et le débat, c’est que la perte de poids ne suffit pas à expliquer le succès du bistouri.
Et cela dépasse le domaine du diabète. Le récent congrès américain de cancérologie a montré que la chirurgie de l’obésité réduit le risque de cancer de l’utérus de 70 %. Et puis d’autres travaux évoquent des effets bénéfiques sur d’autres cancers, comme ceux du sein, de la prostate ou du côlon.

Il y a encore du pain sur la planche, pour les chercheurs…