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Appel aux dons

Pasteurdon : financer la recherche pour mieux comprendre l'autisme

Par Anne-Laure Lebrun

Les dons collectés lors du Pasteurdon permettent de soutenir 130 équipes de recherche à l'Institut Pasteur. L'une d'elles étudie les gènes responsables de l'autisme.

BONY/SIPA

« Demain, nous serons moins malades, et nous l’aurons bien cherché ». C’est avec une pointe d’humour que la 11e édition du Pasteurdon a été lancée le 12 octobre. Pendant quatre jours, l’Institut Pasteur fait appel à la générosité des Français pour faire avancer la recherche médicale.

Pour ce centre international de recherche, les dons du public sont indispensables. Sur un budget annuel de 319 millions, près de 115 millions proviennent des dons ou des legs des particuliers ou des entreprises. Des fonds qui bénéficient directement à 130 unités de recherche comme celle de Thomas Bourgeron qui tente de mieux comprendre l’autisme, un syndrome qui touche plus de 500 000 personnes en France.

Son unité « Génétique humaine et fonctions cognitives » est la première au monde à avoir identifié des gènes liés à ce syndrome en 2003, puis en 2007. Depuis, plus d’une centaine de gènes mutés ont été découverts.

Perturbation des connexions neuronales

Une grande partie de ces gènes jouent un rôle dans la formation des zones de contact entre les neurones, aussi appelés synapses. Des structures essentielles au bon fonctionnement du cerveau, car elles permettent aux neurones de communiquer. « Aujourd’hui, les facteurs génétiques sont les causes les plus robustes des troubles du spectre autistique », souligne Thomas Bourgeron à Pourquoidocteur.

Ces mutations expliqueraient pourquoi les enfants, mais aussi les adultes, atteints de cette maladie, éprouvent des difficultés à établir des interactions sociales, à communiquer et des centres d’intérêts restreints, voire stéréotypés.

Néanmoins, ces troubles varient d’une personne autiste à l’autre. Par exemple, elles ne présentent pas toutes un trouble auto-agressif, ou une déficience intellectuelle sévère. Ces différences entre les individus ne seraient pas liées à une seule mutation dans un gène, mais plutôt à la combinaison de plusieurs anomalies génétiques.

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Thomas Bourgeron, responsable de l'unité Génétique humaine et fonctions cognitives à l'Institut Pasteur : « Connaître toutes ces mutations nous permettrait de regrouper les personnes selon leur cause génétique, ce qui nous permettrait d’évaluer l’impact d’une mutation... »

Des recherches coûteuses

Pour appréhender cette architecture génétique, les généticiens doivent multiplier les séquençages génomiques chez un grand nombre de personnes. Pour découvrir la mutation Shank3 en 2007, les chercheurs ont dû analyser l’ADN de 1 200 familles ayant au moins deux enfants autistes.

Un travail colossal qui coûte cher : séquencer le génome d’une seule personne s’élève à environ 1 000 euros. « Une partie des fonds du Pasteurdon nous permettrait de séquencer le génome d’un plus grand nombre de familles. C’est très important, car plus on aura les moyens de séquencer le génome de milliers de patients, plus on aura une photo très précise de l’architecture génétique », a expliqué le chercheur. Pour analyser l’ADN de 200 familles, son équipe aurait besoin de 250 000 euros.

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Thomas Bourgeron : « Plusieurs initiatives aux Etats-Unis, en Europe et en France ont été créées pour partager les données... » 

Ce montant paraît important, mais la dépense vaut le coup. Un essai clinique a été lancé à l’hôpital Robert-Debré (Paris) pour tester l’efficacité du lithium chez des patients porteurs de la mutation Shank 3. « Les premiers essais sont positifs. Nous allons donc débuter un essai clinique contre placebo et à l’aveugle », a indiqué Thomas Bourgeron.

« Dans l’autisme, une seule copie d’un gène est muté. Donc l’une des stratégies thérapeutiques que l’on peut mettre en place est de booster la copie normale pour qu’elle puisse compenser les défaillances de la version mutée », explique Thomas Bourgeron, qui souligne que tous les personnes atteintes d'autisme n'ont pas forcément besoin de traitements médicamenteux. « Il n’y a pas un autisme, mais des autismes. La génétique n’apportera pas toutes les solutions. La société doit être plus tolérante face à cette neurodiversité. »

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Thomas Bourgeron : « La société doit être plus inclusive et plus tolérante, en particulier à l'école... »