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Rapport du HCEfh

Femmes précaires et santé fragile

Par Audrey Vaugrente

Les femmes précaires sont en moins bonne santé que les autres. Et elles sont moins suivies par un médecin.

Wisky/epictura
Les femmes représentent 53 % des travailleurs pauvres et 57 % des bénéficiaires du RSA.
82 % des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes, tout comme 62 % des emplois non-qualifiés.
En 15 ans, les maladies professionnelles ont progressé de 155 % chez les femmes précaires.
Les femmes précaires sont deux fois plus exposées à l’obésité que les hommes de même statut.

Un travailleur pauvre sur deux est de sexe féminin. Il en va de même chez les bénéficiaires du RSA : ce sont des femmes dans 6 cas sur 10. Paradoxalement, les travailleuses précaires restent dans l’ombre. Nettement défavorisées par rapport à leurs paires à la situation plus enviable, elles sont mal prises en compte dans les statistiques officielles.

Pourtant, les inégalités femmes-hommes se creusent au sein des populations précaires. C’est ce que souligne un rapport au Haut Conseil à l’égalité (HCEfh), rendu public ce 7 juillet. De cette ignorance généralisée découle un excès de morbidité dans quatre domaines majeurs. A commencer par les maladies liées au travail.

Une pénibilité exacerbée

De plus en plus de femmes précaires sont touchées par une maladie d’origine professionnelle. Depuis 2001, le nombre de victimes a augmenté de 155 %. C’est le double de l’évolution constatée chez les hommes en situation de précarité.

Trois secteurs sont particulièrement concernés par ces disparités : l’industrie (transport, eau, gaz, électricité, livres, communication), le commerce non alimentaire, et les services – notamment à la personne.

L’écart s’explique par la situation à part des travailleuses précaires. Ce constat vaut surtout pour les troubles musculo-squelettiques (TMS). Les femmes sont bien plus à risque que leurs collègues masculins.

« Le risque accru de TMS pour les ouvrières provient pour partie du fait que leur travail est plus répétitif et qu’elles disposent d’une latitude décisionnelle plus faible pour le mener à bien », explique l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). Sans surprise, les accidents de travail et de trajet sont aussi plus fréquents chez les ouvrières pauvres.


Source : HCEfh


Face à ce tableau bien sombre, le Haut Conseil à l’égalité recommande la prise en compte du sexe dans le recueil de données. Cela permettrait de mieux appréhender les différences femmes-hommes sur le lieu de travail et leur impact sanitaire.

Un cœur abîmé

Cette pénibilité exacerbée fatigue prématurément le corps des femmes. « Les femmes de plus de 50 ans en grande précarité, à l’approche de la ménopause, sont plus fragiles et plus vulnérables », rappelle le Pr Claire Mounier-Vehier, présidente de la Fédération Française de Cardiologie (FFC). Stress chronique, mode de vie déséquilibré et comportements à risque n’aident guère à améliorer la situation.

Car non contentes d’être exposées à des risques psychosociaux plus marqués, les femmes précaires ont aussi plus de mal à adopter les conseils de prévention. Il suffit de comparer le tabagisme pour s’en convaincre.
Chez les actives, 30 % de personnes fument. Dans la population chômeuse, 45 % des femmes le déclarent. Un écart sépare aussi les diplômées et celles qui n’ont pas le baccalauréat.

Résultat, les facteurs de risque s’accumulent et le cœur en paie le prix. Les maladies cardio cérébro-vasculaires représentent la première cause de mortalité chez les femmes. Mais c’est pire lorsqu’elles sont précaires. Elles en meurent plus et, aussi, plus tôt.

Le suivi gynécologique inexistant

Sur le plan du suivi gynécologique, la situation est encore plus alarmante. Pour des motifs financiers, les femmes préfèrent éviter de se rendre chez un spécialiste, que ce soit pour un dépistage ou pour une simple contraception. 1 % des femmes cadres ne disposent d’aucun moyen de prévenir une grossesse. Chez les ouvrières, elles sont presque 7 %.

Ces mauvais réflexes aboutissent, logiquement, à des grossesses non désirées. Et là encore, la précarité a des répercussions néfastes sur la femme enceinte et son bébé à venir. Selon le SAMU Social, chaque année, 1 500 femmes accouchent sans avoir bénéficié d’un suivi de grossesse. Le risque de prématurité, de retard de croissance intra-utérin ou encore de pathologies néonatales est démultiplié.

Les solutions existent pourtant. Depuis le 1er janvier 2017, le tiers payant est obligatoire pour les femmes enceintes. Des associations et structures officielles permettent aussi un accès gratuit aux soins de base, comme le Planning Familial ou l’association SOLIPAM.

Toutes ces tensions rejaillissent sur le bien-être. A force de se préoccuper, dépression et anxiété progressent. Les femmes précaires sont trois fois plus à risque de troubles anxieux que la population générale. L’isolement social ne fait que dégrader la situation. En l’absence de soins, comportements morbides, idées suicidaires et absence de soins progressent. Un véritable cercle vicieux se met alors en place.


Source : HCEfh