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EFSA : l'agence de sécurité des aliments minée par les conflits d’intérêts

Selon une ONG européenne, près de la moitié des experts scientifiques qui évaluent la sécurité des aliments en Europe sont plombés par des conflits d’intérêts.

EFSA : l'agence de sécurité des aliments minée par les conflits d’intérêts Città di Parma/Flickr

  • Publié 21.06.2017 à 12h55
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L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) serait-elle minée de l’intérieur ? C’est à craindre, au vu de l’enquête menée par l’ONG Corporate Europe Observatory (CEO), spécialisée dans la recherche sur le lobbying.

Sur les 211 experts employés par l’agence sanitaire, 46 % ont au moins un conflit d’intérêts avec l’industrie agro-alimentaire. De quoi affecter sérieusement le bon fonctionnement de l’EFSA… mais surtout sa crédibilité. « Il est important de souligner qu’un conflit d’intérêts financiers n’est pas le signe d’un manque d’intégrité », insiste le CEO.

Mais le fait est que le cœur des experts concernés peut balancer entre deux intérêts contradictoires : s’assurer des financements par la suite ou privilégier la santé publique. Et les nouvelles règles, présentées ce 21 juin, risquent de n’apporter des améliorations qu’à la marge.

Trop de renouvellements

Pour lutter contre ce que l’ONG qualifie « d’erreurs de recrutement », le Parlement européen a recommandé plusieurs mesures. Voilà quatre ans que les députés demandent que l’agence fonctionne de manière totalement indépendante vis-à-vis de l’industrie agro-alimentaire. Ils préconisent notamment le respect d’une période de deux ans durant laquelle aucun financement ou contrat ne relie l’expert à un fabricant.

Pourtant, cette mesure simple tarde à être appliquée. Il y a bien un léger mieux : en 2013, 60 % des experts de l’EFSA présentaient au moins un conflit d’intérêts. L’amélioration est indéniable. D’autant que, désormais, l’agence fait appel à des personnes issues de l’Université et de la recherche institutionnelle.

Seulement pour la période 2015-2018, la moitié des scientifiques ont été renouvelés par rapport à la tranche précédente. Insuffisant pour se débarrasser des soupçons qui pèsent sur l’agence. Or, celle-ci joue un rôle central : deux tiers des avis rendus portent sur la sécurité des produits alimentaires.

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Un système intraitable

Le problème réside dans le manque de moyens financiers dont dispose l’EFSA. Cela pousse l’agence a « privilégier l’excellence par rapport à l’indépendance ». Le CEO y voit un faux débat. « Il est impossible d’atteindre l’excellence sans l’indépendance », tranche l’ONG. Plus de crédits doivent être alloués à l’autorité sanitaire, afin de lui permettre d’attirer d’autres profils.

Cet effort ne suffira toutefois pas. Pour le CEO, l’EFSA doit se montrer intraitable vis-à-vis des conflits d’intérêts financiers. Aucun lien ne doit émerger sur une période de 5 ans, et les financements de la recherche doivent être systématiquement passés au crible. Ça n’est qu’à ce prix que l’agence sortira de l’ornière.

Le modèle à suivre, en la matière, est le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Cette agence est respectée sur la scène internationale. Quand elle a tranché sur le glyphosate, le jugeant cancérogène probable, les conclusions de l’EFSA n’ont guère pesé dans la balance.

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