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Entretien avec le Pr Bruno Housset

Pics de pollution : "Les masques de protection ne sont pas efficaces"

Par Bruno Martrette

L’épisode national de pollution aux particules fines se poursuit. Face à cette situation, le Pr Bruno Housset, pneumologue, rappelle que les masques sont inefficaces. 

pxhidalgo/epictura

Depuis plus d'une semaine, la France tousse. L'important épisode de pollution de l’air dû aux particules fines a commencé en Île-de-France. La situation observée dans Paris et sa banlieue n’est toutefois pas unique et concerne d’autres villes. Six régions françaises sont touchées, ainsi que d'autres capitales européennes (Londres, Berlin).

Dans un communiqué, Airparif explique que ce phénomène, qui va durer encore quelques jours, est lié « à une accumulation de la pollution dans les zones urbaines du fait de ces conditions anticycloniques très stables » qui plaquent la pollution au sol et limite sa dispersion « comme autant de couvercles au-dessus des métropoles ». 

Certaines d’entre elles ont d'ailleurs commencé à prendre des mesures drastiques. Dernières en date, Lyon et Villeurbanne qui ont mis en place la circulation alternée ce vendredi. Mais à titre individuel, comment peuvent se protéger les citoyens ? Masques, purificateurs d'air... Le Pr Bruno Housset, chef du service de pneumologie, à l'hôpital de Créteil (Val-de-Marne) répond sur l'efficacité de ces dispositifs.

Les masques anti-pollution sont-ils efficaces ?
Pr Bruno Housset : Non, très à la marge. Sur les gaz, ils n'ont par exemple aucune efficacité. Pareil sur les particules fines. Certains masques anti-pollution permettent seulement de filtrer les grosses particules, et encore, de l'ordre de 15-20 %. 
Bien sûr, il existe des masques avec des filtres qui ont un pouvoir filtrant supérieur. Mais c'est aussi ceux avec lesquels on a le plus de mal à respirer. Il faut dans ce cas respirer contre une résistance. Ils sont donc très difficiles à porter longtemps. 
C'est simple, je ne conseille jamais les masques anti-pollution à mes patients. Pour des gens avec des maladies respiratoires, ils sont même difficilement tolérables. Il y a uniquement en Chine où on peut trouver des masques plus confortables. Ce sont ceux conçus avec une valve expiratoire qui permettent d'améliorer la tolérance. Mais même ceux-là ne sont pas efficaces à 100 % contre les particules fines. 

 

Que penser des purificateurs d'air ?
Pr Bruno Housset : On ne sait pas vraiment s'ils sont efficaces. Pour le moment, nous avons juste un travail effectué par des chercheurs chinois, un pays où la pollution est très importante. Cette équipe a placé un épurateur d'air dans un dortoir d'étudiants. Puis, ils ont mesuré la concentration en PM2,5. Conclusion, ils ont constaté une diminution de moitié des particules d'air.
Personnellement, j'aimerais surtout savoir si ces machines améliorent la santé des patients asthmatiques. Les études sont absentes sur ce sujet. Mais au-delà des épurateurs d'air, vous avez aussi des systèmes de ventilation mécanique dans les logements qui permettent de diminuer l'humidité. Maintenant, ils sont si performants qu'ils permettent de réduire l'exposition à des polluants. Au Canada, une étude randomisée a montré qu'ils permettaient de diminuer les maladies asthmatiques chez les enfants. 

Alors, que peut-on faire pour se protéger de la pollution ?
Pr Bruno Housset : Honnêtement, pas grand-chose. Il faut surtout attendre que le pic de pollution passe. Et les gens malades doivent bien penser à prendre leurs traitements. A part cela, je n'ai pas grand-chose à dire.

De nouvelles limites d'émissions polluantes dans l'UE

Alors que de nombreuses villes européennes sont touchées par un pic de pollution, l’Union européenne vient de se doter de nouvelles normes. Après trois ans de discussions, la Commission, le Conseil et le Parlement ont fini par s’entendre sur la teneur de la nouvelle directive européenne sur la qualité de l’air.

Ce nouveau texte législatif fixe les plafonds nationaux d’émissions pour les principaux polluants générés par l’industrie, les transports, l’énergie et l’agriculture. Il prévoit des seuils d’émission plus stricts. Mais surtout, il étend la liste des polluants concernés aux particules fines (PM 2,5), notamment émises par les moteurs diesel et très dangereuses pour la santé.

Le durcissement des mesures antipollution doit permettre de réduire, d’ici à 2030, d’un peu moins de la moitié (49,6 %) l’impact sanitaire de la pollution de l’air par rapport à ce qu’il était en 2005. Ce qui est « loin d’être suffisant » pour le BEE comme pour le Réseau Action Climat (RAC) et France Nature Environnement (FNE). Une déception d'autant plus grande que pour bon nombre de pays, l’accord revoit à la hausse les seuils d’émissions d’ammoniac, un polluant qui provient à 93 % des engrais ainsi que du stockage et de l’épandage des lisiers utilisés par l’agriculture.