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Système immunitaire

Sida : 1 enfant sur 10 infecté se protège de la maladie

Par Audrey Vaugrente

Presque 10 % des enfants infectés par le VIH ne développent aucun signe d’infections. Leur système immunitaire ne réagit pourtant pas face au virus.

PepscoStudio/epictura
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Contaminés par le VIH, ces enfants ne présentent aucun signe d’infection. Un cas si exceptionnel qu’ils ont été baptisés d’un nom particulier : les non-progresseurs. Ce mystère pour la science pourrait être mis à profit pour combattre le virus chez le reste de la population. C’est pour le percer qu’une équipe de l’université d’Oxford (Royaume-Uni) s’est penchée sur un groupe de 170 jeunes patients. Les résultats publiés dans Science Translational Medicine sont pour le moins surprenants : leur réaction immunitaire face au VIH est plus proche de celle de singes que des êtres humains.

Un système immunitaire inchangé

Une infection sans progression vers le stade sida (syndrome d’immunodéficience avérée) est très rare. Seuls 0,3 % des adultes présentent cette particularité. Jusqu’ici, les équipes du monde entier s’étaient concentrées sur ces cas exceptionnels. Elles ont mis en évidence une réponse immunitaire massive qui maîtrise la réplication du VIH et réduit le nombre de copies dans le sang. Mais en tentant de reproduire ces découvertes, les chercheurs se sont heurtés à un mur : chez un patient normal, une réponse immunitaire accrue accélère la progression de la maladie.

Chez les patients infectés in utero, la situation est sensiblement distincte. Dans 80 % des cas, le virus non traité est mortel avant qu’ils n’atteignent l’âge de deux ans. Mais dans 5 à 10 % des cas, les enfants maîtrisent le virus sans médicament. Leur système immunitaire adopte une stratégie radicalement différente face au VIH : il ne réagit pas, ou très peu. Le nombre de copies du virus dans le sang, lui, est très élevé.

Une réponse similaire à celle des singes

En fait, ces jeunes malades adoptent la même approche que les primates non-humains infectés par le SIV : la charge virale est très élevée mais l’activité du système immunitaire reste inchangée. Le résultat d’une longue évolution de l’organisme. « Les maladies associées au VIH ne sont pas tellement liées au virus mais à la réponse immunitaire qui lui est opposée », résume le principal auteur de l’étude, le Pr Philip Goulder, interrogé par la BBC. En se penchant sur les similitudes avec ces singes d’Afrique, les chercheurs ont noté une particularité : le récepteur CCR5, impliqué dans l’immunité, est sous-exprimé dans les leucocytes. Or, c’est lui qui est mis à profit par le VIH pour pénétrer dans les cellules hôtes.

Tous ces détails sont précieux pour les équipes spécialisées dans la recherche sur le sida et le VIH. En effet, les traitements antirétroviraux sont très efficaces pour maîtriser l’évolution du virus dans l’organisme. Mais le système immunitaire est en surchauffe permanente. L’inflammation sous-jacente est mauvaise pour le cerveau, un déclin cognitif est d’ailleurs associé à l’infection. Elle l’est aussi pour l’organisme. « Même lorsque le traitement fonctionne, ces patients continuent d’être exposés aux maladies non liées, souvent associées au vieillissement, y compris des maladies cardiovasculaires, des cancers et une démence », explique le Pr Goulder dans un communiqué.

Tirer parti de ces enfants à la résistance exceptionnelle s’avérerait donc précieux. Mais deux experts de l’université Emory, aux Etats-Unis, appellent à la prudence. « Nous ne savons pas s’il est sûr, sur le plan clinique, que ces patients récemment identifiés comme non-progresseurs restent sans traitement », soulignent Ann Chahroudi et Guido Silvestri dans un commentaire.