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QUESTION D'ACTU

Récepteur NMDA

Sclérose en plaques : un anticorps ralentit les symptômes

Une seule injection d'un anticorps est capable de ralentir la progression des troubles moteurs dans la sclérose en plaques. Un essai chez la souris, piloté par l'Inserm, l'a montré.  

Sclérose en plaques : un anticorps ralentit les symptômes yekophotostudio/epictura

  • Publié 23.07.2016 à 10h27
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Un anticorps-médicament a permis d’atténuer les signes neurologiques de la sclérose en plaques chez des souris. Cette étude dirigée par l’Inserm, et publiée dans la revue Brain, offre une piste prometteuse pour lutter contre cette maladie auto-immune.

La sclérose en plaques (SEP) est une pathologie au cours de laquelle le système immunitaire se retourne contre l’organisme, en particulier contre le système nerveux. « Les lymphocytes (un type de globules blancs, ndlr) circulant dans le sang s’attaquent au cerveau et la moelle épinière en détruisant les gaines de myéline qui entourent et protègent les neurones, ce qui va entraîner les désordres moteurs chez les patients », explique à Pourquoidocteur Fabian Docagne, chargé de recherche à l’Inserm au Centre Cyceron (Caen) et responsable de ces récents travaux. Peu à peu, les patients perdent l’usage de leurs membres, présentent des troubles de la vision et de l’équilibre.

Au cours de ces dernières années, l’arsenal thérapeutique s’est donc étoffé de médicaments ciblant le système immunitaire. Des traitements de fond efficaces qui permettent de diminuer la fréquence des poussées inflammatoires caractéristiques de la SEP et ralentir la progression de la maladie. Mais leur efficacité a un prix. « En agissant sur le système immunitaire, ces traitements entraînent un risque important d’infections. Les patients ne peuvent pas les prendre sur le long terme », souligne le Dr Pierre-Olivier Couraud, vice-président du comité médico-scientifique de la fondation pour l’aide à la recherche sur la sclérose en plaques (ARSEP) qui a financé en partie les travaux de Fabian Docagne.

 

Ecoutez...
Pierre-Olivier Couraud, vice-président du comité médico-scientifique de l'ARSEP : « Cet anticorps bloque l’infiltration des cellules immunitaires dans le cerveau en agissant sur la protéine présente sur la paroi des vaisseaux cérébraux. Il agit donc sans atteindre le système immunitaire. »

 

 

Maintenir l'étanchéité de la barrière sang-cerveau

Pour atteindre le cerveau et la moelle épinière, les lymphocytes doivent traverser la barrière sang-cerveau (aussi appelée barrière hémato-encéphalique) et la barrière sang-moelle osseuse (hémato-médullaire) formées par les vaisseaux sanguins. Les chercheurs ont donc tenté de développer une molécule capable de bloquer le passage des cellules à travers cette barrière en renforçant son étanchéité, et ce sans affecter le système immunitaire.

Ainsi, les scientifiques se sont intéressés à un acteur participant à l’ouverture de la barrière hémato-encéphalique : le récepteur NMDA. Ils ont particulièrement observé que le blocage de l’interaction entre ce récepteur et une molécule appelée tPA permettait de maintenir l’intégrité de la barrière.

L’équipe a alors développé une stratégie pour empêcher cette interaction entre ces deux protéines. Ils ont mis au point un anticorps monoclonal, le Glunomab, dirigé contre le récepteur NMDA (voir schéma ci-desous). Une technique qui s’est avérée efficace en laboratoire : l’anticorps empêche l’ouverture de la barrière hémato-encéphalique.

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Freiner l'évolution de la maladie

Par la suite, les chercheurs ont évalué ces effets thérapeutiques chez des souris atteintes de troubles moteurs semblables à ceux de la sclérose en plaques. « Les animaux du groupe contrôle – qui ont reçu un anticorps différent – ont progressé jusqu’à une paralysie les empêchant de marcher, tandis que les souris traitées avec une injection de Glunomab étaient encore en mesure de marcher à la fin de l’expérience », explique Fabian Docagne. Les autopsies des cobayes ont également révélé une diminution de l’infiltration des lymphocytes dans le cerveau, et une démyélinisation réduite.

 

Ecoutez...
Fabian Docagne, chargé de recherche à l’Inserm au Centre Cyceron (Caen) et responsable des travaux : « Il existe un système de clé et de serrure à la surface des parois des vaisseaux qui permet aux cellules d'entrer ou non dans le tissu. »

« L’anticorps que vous avons développé a montré une efficacité importante chez des souris et aucun effet secondaire n’a été observé. De ce fait, on espère qu’il deviendra un traitement chez l’homme », se réjouit le responsable des travaux.

Mais avant que cette stratégie devienne une option thérapeutique, l’équipe Inserm va poursuivre ces travaux chez la souris et d’autres modèles animaux. Elle cherchera à savoir si cet anticorps peut ralentir les formes progressives de la SEP. Celles qui sont les plus sévères.

En France, environ 80 000 personnes souffrent de cette maladie auto-immune qui atteint préférentiellement les jeunes adultes de 20 à 40 ans. Plus de 70 % des malades sont des femmes. La sclérose en plaques constitue la première cause de handicap sévère d’origine non traumatique chez les trentenaires.

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