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23 morts de faim en un mois

Syrie : l'aide humanitaire arrive enfin à Madaya

Par Julian Prial

Les humanitaires de la Croix Rouge et de l'ONU ont commencé à distribuer des secours vitaux aux milliers de personnes des trois zones assiégées de Syrie, qui risquent la famine.

Uncredited/AP/SIPA

Un convoi d’aide humanitaire avec plus d’une quarantaine de camions est entré lundi pour la première fois depuis le 18 octobre 2015 à Madaya (Syrie), une ville syrienne aux mains des rebelles syriens assiégée depuis six mois par les forces armées de Damas. Foua et Kafraya, deux localités chiites assiégées, elles, par les rebelles syriens, ont également pu être ravitaillées. 

Dans un communiqué, le Comité International de la Croix Rouge (CICR) indique ainsi qu'il a pu commencer « à distribuer des secours vitaux aux milliers de personnes des trois zones assiégées de Syrie, dans le cadre d'une opération menée en collaboration avec le Croissant-Rouge arabe syrien et les Nations Unies ».

Cet accord entre des factions en guerre a aussi permis aux humanitaires de décrire exactement la situation sur place. Après sa visite à Madaya, le Représentant du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) s’est par exemple dit « horrifié » par ce qu’il a vu là-bas. Les 42 000 habitants de cette localité proche de Damas et de la frontière libanaise, livrés à eux-mêmes, risquent en effet la famine et sont dans une situation que tous qualifient d' « effroyable ».

Manger de l'herbe pour survivre 

En téléconférence depuis Damas, Sajjad Malik a indiqué lors d'un point de presse téléphonique ce mardi à Genève que ces enfants syriens en étaient réduits à devoir « arracher de l’herbe pour survivre ». « D'autres enfants n’avaient pratiquement rien d’autre à manger que de l’eau mélangée à des épices », rajoute-t-il. « Les populations meurtries de cette ville assiégée manquaient absolument de tout », conclut-il. 
Le convoi inter-agences transportant des produits susceptibles de sauver des vies (denrées alimentaires et nutritionnelles, fournitures sanitaires, couvertures, matériel pour équiper des abris, savons) devraient donc durer quelques jours.

 

400 000 civils piégés 

Et selon les Nations Unies, il y a en effet beaucoup de personnes à secourir, car au moins 400 000 civils seraient piégés dans les villes syriennes assiégées par l’armée de Damas ou par les groupes rebelles.
Pire encore, vingt-trois personnes sont déjà mortes de faim depuis le 1er décembre rien qu'à Madaya, a annoncé vendredi l'association humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF). Parmi elles, 6 étaient des nourrissons âgés de moins d'un mois.

Pour comprendre l'urgence qu'il y avait à agir, le directeur des opérations de MSF, Brice de Le Vingne, a confié dans un communiqué que le personnel médical de MSF à Madaya était avant cette opération humanitaire « contraint de nourrir les enfants avec des sirops pharmaceutiques, seule source disponible de sucre et d'énergie ». « C'est une prison à ciel ouvert. Pour près de la moitié de ses habitants, il n'y a aucun moyen d'y entrer ou d'en sortir, juste y mourir », a-t-il déploré.