ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > La solitude fait des ravages jusque dans nos cellules

La solitude fait des ravages jusque dans nos cellules

Par Stéphany Gardier

La solitude tue ! A petit feu certes, mais le sentiment d’isolement nuit gravement à notre santé. Si plusieurs études avaient déjà conclu sur les insidieux effets du manque de lien social, des travaux publiés ce lundi dans la célèbre revue biomédicale PNAS et relayés par La Tribune de Genève expliquent cette fois-ci comment la solitude agit, jusqu’au plus profond de nos cellules.

Plusieurs études avaient déjà alerté sur la vulnérabilité accrue des personnes isolées. En 2013, Jessica Olien rappelait, dans un article pour Slate, qu’aux Etats-Unis, la solitude tue plus que l’obésité. Elle listait quelques récents travaux de recherches qui avaient mis en évidence les effets délétères du manque de lien social sur de nombreux organes, montrant notamment que le risque de mort prématurée était équivalent chez une personne seule ou un fumeur. Parmi les études citées, une dirigée par John Cacioppo, psychologue à l’université de Chicago, qui a fait de la solitude son thème central de recherche. C’est lui qui signe à nouveau les travaux publiés dans PNAS.

 

Et cette fois, les chercheurs vont plus loin. Grâce à des analyses sanguines réalisées sur des macaques, mais aussi des humains, ils confirment que la solitude modifie la sécrétion de molécules liées aux processus inflammatoires, et péjore la réponse immunitaire. Les scientifiques soulignent notamment que chez les singes ou les humains qui éprouvent un sentiment d’isolement, l’expression de plusieurs gènes est modifiée. Ces gènes sont connus pour être généralement activés face à une situation de stress. Les chercheurs les ont rassemblés sous l’appellation CTRA, pour Conserved Transcriptional Response to Adversity.

La perturbation de ces gènes aboutit à une modification importante des cellules du système immunitaire, avec une surproduction de lymphocytes immatures et une diminution des capacités de défense de l’organisme. Les expériences indiquent ainsi que l’équivalent simiesque du VIH s’est propagé plus vite chez les macaques isolés.

Et la solitude pourrait avoir des effets à long terme. Les chercheurs indiquent que le profil d’expression CTRA pourrait prédire un an à l’avance l’état inflammatoire et immunitaire du patient !
Plus inquiétant encore, l’équipe de John Cacioppo met en évidence une sorte de cercle vicieux : ces modifications génétiques pourraient renforcer le sentiment d’isolement.

En 2014, à l’occasion de la Saint-Valentin, la Fédération française de cardiologie avait choisi de communiquer sur l’impact sanitaire de la solitude. Elle rappelait que, dans le pays, pas moins de 5 millions de personnes sont concernées...