ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Sida : un industriel augmente de 5000 % le prix d'un médicament

Toxoplasmose, cancers

Sida : un industriel augmente de 5000 % le prix d'un médicament

Par Audrey Vaugrente

Plus 5 000 % en un rachat. Aux Etats-Unis, un traitement prescrit aux séropositifs est passé de 13,5 à 750 dollars après avoir été racheté par Turing Pharmaceuticals.

Martin Shkreli, sur une photo postée sur son compte Twitter (@MartinShkreli/Twitter)
MOTS-CLÉS :

« Sangsue », « sans honte », « a***hole »... Martin Shkreli a rejoint le club fermé des hommes les plus haïs d’Internet depuis quelques jours. Le PDG de l’entreprise biopharmaceutique Turing Pharmaceuticals a racheté les droits du Daraprim (pyriméthamine), notamment prescrit aux patients séropositifs. Depuis, le coût du médicament a augmenté de 5 000 %, suscitant la colère des médecins et des internautes.

Le Daraprim, commercialisé en France sous le nom de Malocide, est un médicament vieux de 62 ans. D’abord utilisé contre le paludisme, il a également démontré son utilité dans la toxoplasmose, mais aussi le Sida et certains cancers induisant une dégradation du système immunitaire.
Son coût de production est particulièrement faible : 1 dollar (80 centimes d’euro). Pourtant, depuis son rachat par Turing Pharmaceuticals, en août dernier, le prix d’une tablette est passé de 13,5 $ (12 €) à 750 $ (673 €).

La colère des associations

Aux Etats-Unis, où les médicaments ne sont pas intégralement pris en charge, l’annonce a provoqué un tollé. D’autant que la candidate démocrate à l’élection présidentielle, Hillary Clinton, s’est fendue d’un tweet sans équivoque : « Gonfler les prix de cette manière, sur le marché spécialisé de la vente de médicaments, est scandaleux », a-t-elle écrit en retweetant un article complet du New York Times.

 

 

Associations et sociétés savantes font, elles aussi, part de leur colère. La société américaine des maladies infectieuses (IDSA) et l’association médicale du VIH ont adressé à Martin Shkreli une lettre ouverte dans laquelle ils résument la situation en deux points : « La pyriméthamine est particulièrement importante dans le traitement de la toxoplasmose, une maladie parasitique qui a de lourdes conséquences si elle n’est pas traitée efficacement chez la femme enceinte, les patients infectés par le VIH, atteints par le cancer ou d’autres maladies qui affectent le système immunitaire », précisent les deux associations.

Stimuler la recherche

L’autre problème, précise la lettre ouverte, c’est le poids financier que représentera ce médicament pour le système de santé. « Ce coût est injustifiable pour les populations de patients vulnérables sur le plan médical, et qui ont besoin de ce médicament ; il ne pourra pas être soutenu par le système de santé », tranchent les associations.

Face à cette volée de bois vert, le PDG de Turing Pharmaceuticals se défend en ligne comme dans les médias. Il explique d’abord avoir inclus au prix final les dépenses en marketing, fabrication et distribution – qui auraient fortement augmenté au fil des ans. Martin Shkreli avance ensuite la rentabilité de l’entreprise. « Nous ne sommes pas les premiers à augmenter le prix d’un médicament, se défend-il face à l’interview hostile d’une journaliste de CNBC. Et nous sommes dans une fourchette basse. »


Dernier argument de Martin Shkreli, en  tirant profit du Daraprim, son entreprise pourrait développer « une version récente, plus efficace et plus sûre » de ce médicament.