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Médecins du Monde

Migrants de Calais : "Nous ne pouvons pas faire face à la crise sanitaire"

INTERVIEW - Epidémies de gale, tuberculose, surinfections … Médecins du Monde raconte les conditions sanitaires des migrants de Calais.

Migrants de Calais : \ ALCALAY SARAH/SIPA

  • Publié 24.10.2014 à 08h00
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A Calais et dans les environs, la situation des migrants s’est brusquement empirée depuis le mois de juillet. Au début de l’année, quelques 300 personnes étaient réfugiées dans des camps de fortune. Aujourd’hui, les autorités en dénombrent environ 2000. Un chiffre qui s’explique par l’explosion des conflits dans le monde.

Afghans, Syriens, Iraniens, Irakiens, Soudanais, Ethiopiens… Tous tentent de se rendre en Angleterre. En transit à Calais, ils vivent dans des conditions sanitaires plus que préoccupantes, parfois pendant plusieurs mois. Mathieu Quinette, coordinateur du programme de Médecins du Monde, témoigne.

Ces migrants vivent dans des conditions épouvantables… Souffrent-ils de pathologies ?
Ces personnes vivent dans des squats, des « jungles », ou en petites unités isolées pour éviter la police. Dans tous les cas, il s’agit d’habitats faits de bric et de broc, fabriqués avec du matériel de récupération – des palettes, des bâches en plastique, des couvertures…

Les conditions de vie sont extrêmement précaires. L’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’alimentation est très difficile ; le vent, le froid et la chaleur pénètrent facilement dans les abris, et il y a une grande promiscuité qui favorise la diffusion des épidémies.


Un camp dans la zone industrielle des Dunes, près de Calais. Crédit photo : ALCALAY SARAH/SIPA

Les principales pathologies concernent des problèmes ORL, gastriques, dermatologiques et dentaires. Nous avons beaucoup de cas de surinfections. Une épidémie de gale s’est déclarée en 2009 ; elle est revenue cet été. On compte également quelques cas de tuberculose.

>> Ecoutez Mathieu Quinette : « Les gens sont en mode survie. On se croirait dans un contexte de guerre ».




Une jeune Ethiopienne de 16 ans est décédée il y a quelques jours en traversant l’autoroute… Constatez-vous beaucoup de blessures accidentelles ?
Les pathologies traumatiques sont en effet le deuxième type de maladies observées sur le terrain, après les pathologies infectieuses. Ces traumas peuvent venir de la vie quotidienne des migrants, mais ils sont surtout liés au passage vers l’Angleterre. Car l’opération est très risquée.

Il faut sauter des barbelés, sauter dans un camion, sauter d’un camion… Il faut aussi courir vite pour éviter la police, ce qui entraine des chutes, des fractures de poignet, des entorses, etc. Et certains y laissent leur peau.

>> Ecoutez Mathieu Quinette : « Ces personnes sont très décidées. J’ai connu quelqu’un qui a essayé de passer en Angleterre 61 fois ».




Des migrants tentent de monter dans un camion qui se rend en Angleterre. Crédit photo : ALCALAY SARAH/SIPA

De quels moyens dispose Médecins du Monde pour limiter la crise sanitaire ?
Depuis le mois de juillet, nous avons renforcé nos moyens logistiques. Nous nous sommes équipés d’un camping-car avec lequel nous allons au-devant des personnes. Nous leur proposons des douches sur leur lieu de vie, de l’eau, des tentes, ainsi que des consultations infirmière. Si elles ont des problèmes de santé, nous les redirigeons vers le dispositif de la PASS de l’hôpital de Calais.

Ce dispositif (permanence d’accès aux soins de santé) a été mis en place en 2005 et accueille ceux qui n’ont pas de couverture maladie. Mais actuellement, les structures sanitaires n’arrivent plus à faire face à l’explosion du nombre de personnes. Les autorités n’ont pas déployé d’autres moyens pour répondre à cette crise.


Une camionnette de Médecins du Monde distribue de d'eau et des tentes aux migrants. Crédit photo : ALCALAY SARAH/SIPA

Craignez-vous que la situation s’empire dans les prochains mois ?
Le problème, c’est que les personnes continuent d’arriver. Et celles qui sont déjà présentes n’arrivent pas à passer en Angleterre. Donc nous sommes dans un goulet d’étranglement. Et que va-t-on faire de tout ce monde quand l’hiver va arriver ?

Car les dispositifs sont largement insuffisants. Une mise à l’abri dans des gymnases est possible pour quelques centaines de personnes, mais uniquement quand le niveau 2 du plan froid se déclenche. C’est-à-dire quand les températures sont inférieures à 0°C la journée, et à -10°C la nuit. Donc, grosso modo, on a le droit de souffrir, mais pas de mourir.

>> Ecoutez Mathieu Quinette : « Le Liban accueille 1,3 million de réfugiés sur son territoire... La France a la capacité de prendre en charge dignement ces personnes-là ».




Des migrants afghans manifestent après le démantèlement d'un camp à Calais. Crédit photo : BAZIZ CHIBANE/SIPA

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