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QUESTION D'ACTU

Interview du Pr Yazdan Yazdanpanah

Ebola : l'hôpital Bichat répond aux critiques des médecins

Face à l'inquiétude de certains médecins de l'hôpital Bichat quant aux risques de contamination d'Ebola, le chef de service des maladies infectieuses leur répond point par point.

Ebola : l'hôpital Bichat répond aux critiques des médecins Capture d'écran : vidéo YouTube

  • Publié 20.10.2014 à 11h11
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Les hôpitaux français sont-ils prêts à accueillir des malades d'Ebola en toute sécurité ? Dans le climat de psychose ambiant, la question peut paraître déplacée. Pourtant, ce sont des médecins eux-mêmes qui insinuent le doute. Dans une lettre à Martin Hirsch, le patron de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, des chirurgiens et des anesthésistes-réanimateurs de l'hôpital Bichat (Paris) ne cachent pas leur inquiétude quant à la prise en charge des cas suspects d'Ebola.

Ils évoquent « des déficits structurels », « des difficultés organisationnelles majeures », l’impossibilité d’« assurer un niveau de soin adapté et suffisant pour des malades contagieux », mais aussi « l’absence de préparation, de formation et d’entraînement des soignants pour prendre en charge ce type de patients » et enfin, durant « le circuit » des malades potentiels devant être transférés d’une unité à une autre, « le risque de propagation de l’infection » serait « majeur ». 

Une liste de reproches bien longue pour l'un des trois « centres référents » Ebola, avec Necker (15e) et Bégin (94), pour l’Ile-de-France. Alors l'hôpital Bichat a-t-il les moyens de répondre à la mission qui lui a été confiée ? Le Pr Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat a choisi pourquoidocteur pour répondre à l'inquiétude de ses confrères.

 

Comment réagissez-vous à l'initiative de vos confrères qui prétendent que l'hôpital Bichat n'a pas les moyens d'accueillir des malades d'Ebola en toute sécurité ?

Pr Yazdan Yazdanpanah : Tout d'abord, il est normal qu'une nouvelle épidémie fasse peur. Aux hôtesses, aux parents d'élèves mais aussi à des médecins. C'est humain. Mais, dans cette peur, il y a une part de rationnel et d'irrationnel. Maintenant, il aurait été préférable que cette lettre qui est destinée au directeur général de l'AP-HP ne sorte pas sur la place publique, comme le souhaitaient ses auteurs.

 

Mais est-ce qu'il est « normal » que des médecins aient peur comme n'importe quel citoyen ?

Pr Yazdan Yazdanpanah : Oui, parce que dans un hôpital, tous les médecins ne sont pas impliqués dans la prise en charge des malades d'Ebola et des cas suspects de la même manière. Nous avons tout d'abord formé les médecins et les soignants qui sont en première ligne, c'est-à-dire ceux qui travaillent dans les services d'urgences, des maladies infectieuses, de biologie et de réanimation médicale. Les chirurgiens et les anesthésistes-réanimateurs (qui ont signé ce courrier, NDLR) ne sont pas en première ligne.

 

Que répondez-vous aux critiques formulées dans cette lettre, et notamment au risque de contagion pour les soignants ?

Pr Yazdan Yazdanpanah : Nous travaillons sur la réception, le circuit et la prise en charge des cas suspects et des malades depuis des mois. Nous avons beaucoup progressé et nous faisons partie des hôpitaux les mieux préparés. Par exemple, les infirmières ont des tenues adéquates, un cadre les surveille systématiquement pendant les phases d'habillage, elles rentrent toujours par deux dans les chambres...

 

D'après vos confrères, il y aurait « un risque de propagation de l’infection » « majeur » lors du circuit des malades dans l'hôpital ?

Pr Yazdan Yazdanpanah : Honnêtement, ce risque est proche de zéro parce que le circuit est ultra sécurisé. Il faut savoir que les malades sont hospitalisés dans le service des maladies infectieuses, qui bénéficie d'une architecture pavillonnaire. Ce qui renforce la sécurité. Mais quand un malade a par exemple besoin d'aller en réanimation, il doit être transféré dans la tour. Il y a donc une idée qui émerge qui consisterait à concentrer tous les soins dans les structures pavillonnaires. Par ailleurs, si un malade a besoin d'une chirurgie – mais a priori un malade d'Ebola n'a pas besoin de chirurgie –, il ne faut pas le faire dans un bloc opératoire mais en réanimation.

 

Vous nous dites que tout est prêt, mais de graves dysfonctionnements ont eu lieu aux Etats-Unis et en Espagne. Pourquoi pas en France ?

Pr Yazdan Yazdanpanah : Franchement, je ne crois pas qu'aux urgences de Bichat, on aurait renvoyé chez lui un patient qui déclarait revenir du Libéria ! Mais les soignants sont des humains, ils peuvent faire une faute. Maintenant, ce n'est pas vrai que nous ne sommes pas prêts, mais nous ne sommes pas parfaits et nous n'avons jamais dit que nous savions tout.

 

Que comptez-vous faire pour rassurer ces médecins ?

Pr Yazdan Yazdanpanah : Je pense tout d'abord que nous devons aujourd'hui former ces médecins qui ne sont pas en première ligne, à la prise en charge d'Ebola. Et de toute façon, il faut continuer à former le personnel. Former, c'est répéter, répéter et encore répéter... Et encore plus aujourd'hui où il y a une psychose ambiante.

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