- Manger à des horaires inhabituels pourrait perturber les horloges biologiques de l'intestin.
- Certaines cellules intestinales semblent résister à cette adaptation.
- Ce mécanisme pourrait contribuer à plusieurs troubles digestifs.
Vous arrive-t-il souvent de manger à des heures inhabituelles, très tard le soir ou même au beau milieu de la nuit ? Cette habitude pourrait avoir des conséquences inattendues sur le fonctionnement de votre intestin. Aux Etats-Unis, une étude menée par le UT Southwestern Medical Center suggère que les repas pris à contretemps perturbent la synchronisation des horloges biologiques présentes dans les différentes cellules intestinales.
Des horloges biologiques dans les organes
Publiés dans la revue PNAS, ces travaux pourraient aider à comprendre pourquoi le travail posté, le décalage horaire ou d'autres perturbations du rythme circadien sont associés à un risque accru de syndrome de l'intestin irritable, de maladies inflammatoires intestinales ou encore de constipation.
Depuis plusieurs décennies, les chercheurs savent que le cerveau possède une "horloge maîtresse", située dans une région appelée noyau suprachiasmatique. Celle-ci synchronise de nombreux processus biologiques sur un cycle d'environ 24 heures, en fonction de l'alternance entre le jour et la nuit. Mais les scientifiques ont également découvert que de nombreux organes disposent de leurs propres horloges internes, dont l’intestin. Jusqu'à présent, il restait toutefois difficile de savoir si les différents types de cellules intestinales fonctionnaient selon le même rythme.
Une désynchronisation avec les autres cellules de l'intestin
Pour répondre à cette question, les chercheurs ont étudié plusieurs populations de cellules présentes dans l'intestin de souris, notamment des neurones, des cellules immunitaires, des cellules musculaires et les cellules interstitielles de Cajal, essentielles à la motricité intestinale. Dans un premier temps, les souris ont eu accès à la nourriture à tout moment. Comme elles sont naturellement nocturnes, elles consommaient environ 80 % de leurs repas pendant la nuit. L’équipe a constaté que, dans ce cas de figure, les différentes cellules intestinales restaient synchronisées.
La situation a changé lorsque l'accès à la nourriture a été limité à une période de quatre heures en journée, obligeant les animaux à manger à un moment inhabituel. Dans ce contexte, les horloges biologiques de presque toutes les cellules se sont adaptées au nouveau rythme alimentaire.
Selon un communiqué, une exception a toutefois retenu l'attention des scientifiques : les cellules interstitielles de Cajal. Et pour cause, leur horloge interne est restée calée sur l'ancien rythme, ce qui une désynchronisation durable avec les autres cellules de l'intestin.
Une piste pour expliquer certains troubles digestifs
Selon les auteurs, un phénomène comparable pourrait se produire chez les personnes qui mangent régulièrement en dehors des horaires habituels de leur organisme, comme les travailleurs de nuit ou les voyageurs soumis au décalage horaire. En effet, parce que les cellules interstitielles de Cajal jouent un rôle central dans les mouvements de l'intestin, leur difficulté à s'adapter pourrait perturber le transit digestif et certaines fonctions métaboliques.
L‘équipe de chercheurs estime que l'alimentation, les probiotiques ou certains médicaments pourraient un jour contribuer à resynchroniser ces horloges internes et à limiter les troubles digestifs liés à leurs perturbations.


