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Santé et environnement

Perturbateurs endocriniens : doit-on craindre les composés PFAS "ultra-courts" ?

Par Alexandra Wargny Drieghe

Les composés PFAS à chaîne courte et ultra-courte : une préoccupation grandissante pour la santé et l'environnement.

gemenacom/Istock
Les PFAS constituent un groupe de plus de 4.700 produits chimiques fabriqués par l’Homme, dont les deux plus connus sont l’acide perfluorooctanoïque (PFOA) et l’acide perfluorooctane sulfonique (PFOS). Ils font partie des perturbateurs endocriniens d’origine chimique.
Face aux risques sanitaires et environnementaux que les PFAS entraînent, ceux à chaîne longue, c’est-à-dire avec plus de 8 atomes de carbone, ont été progressivement remplacés par des PFAS à chaîne courte ou ultra-courte.
Mais une nouvelle étude montre que ces PFAS à chaîne courte ou ultra-courte seraient encore plus présents dans nos environnements et organismes que leurs homologues à chaîne longue, faisant craindre des effets néfastes pour la santé et l’environnement.

Revêtements de poêles antiadhésifs, emballages alimentaires, textiles imperméables… Les substances per- et polyfluoroalkyles (PFAS) sont présentes dans de nombreux objets du quotidien. Leur caractéristique principale est leur résistance à la dégradation, ce qui leur a valu le surnom de “produits chimiques éternels”.

Des versions plus petites mais tout aussi inquiétantes

Face à l’accumulation des PFAS dans les sols, les sédiments et les organismes vivants, et la découverte de leurs effets perturbateurs endocriniens, la fabrication et l’utilisation de ces substances ont été réglementées au cours des deux dernières décennies. En conséquence, des chercheurs ont créé des versions plus petites de ces composés, comprenant moins de 8 atomes de carbone dans leur structure. Ces nouvelles substances, connues sous le nom de PFAS à chaîne courte ou ultra-courte, étaient supposées être moins dangereuses pour la santé tout en préservant certaines des propriétés utiles des PFAS plus longs. Cependant, une récente étude publiée dans Environmental Science & Technology d'ACS révèle des données troublantes.

Sur plus de 300 échantillons de poussière, d’eau potable, de sérum et d’urine collectés auprès de 81 personnes et de leurs domiciles aux États-Unis entre les mois d’août et décembre 2020, 39 PFAS ont été détectés (sur les 47 ciblés), dont des composés à chaîne ultra-courte et courte.

PFAS ultra-courts : une contamination possible par l’eau du robinet

Dans l’ensemble, les PFAA [acides perfluoroalkyles, ndlr] totaux à chaîne ultra-courte et courte ont contribué pour une plus grande part à la concentration totale de PFAA dans le sérum (69 %), démontrant que les niveaux d’alternatives à chaîne plus courte accumulés dans le sang dépassent ceux des PFAA à chaîne longue existants”, détaillent les chercheurs dans le rapport. “Bien que les PFAA à chaîne courte aient des demi-vies plus courtes chez l'Homme que les PFAA à chaîne longue, ces composés ne sont pas éliminés efficacement dans les processus de traitement de l’eau, ce qui peut entraîner une exposition continue par la consommation d’eau du robinet”, ajoutent-ils.

Les scientifiques expliquent qu’il s’agit du premier rapport faisant état de corrélations significatives entre les concentrations de PFAA à chaînes ultra-courtes et courtes présentes dans l’eau potable et les échantillons de sang prélevés auprès d’une population générale. Selon eux, la forte abondance de PFAA à chaîne ultra-courte et courte dans l’eau potable provenant de sources municipales constitue “un problème potentiel de santé environnementale qui devrait être pris en considération lors de l’évaluation du risque d’exposition aux PFAS dans la population générale”. Ils ajoutent avoir également trouvé une “relation positive significative entre les concentrations de TFA [acide trifluoroacétique, ndlr] dans la poussière et celles dans le sérum”, ce qui “indique que l’absorption de poussière pourrait également constituer une voie d’exposition importante pour ce composé”.

D’autres recherches sont aujourd’hui nécessaires pour mieux évaluer les effets de ces substances sur la santé et l’environnement. D’autant plus que d’après une étude de Santé publique France publiée en 2019, 100 % de la population française est imprégnée par les PFAS.

Qu’est-ce-qu’un perturbateur endocrinien ?

Les perturbateurs endocriniens ont commencé à attirer l’attention des chercheurs dès les années 50, “mais c’est l’affaire du distilbène [un médicament hormonal qui a entraîné une forme rare de cancer gynécologique chez des adolescentes et de jeunes adultes, ndlr] qui, dans les années 1970, a fait exploser le sujet sur la scène scientifique et médiatique, alors même que le terme de perturbateur endocrinien n’était pas encore utilisé”, rappelle l’Inserm.
Aujourd’hui, les scientifiques savent que les perturbateurs endocriniens peuvent :

- modifier la production naturelle des hormones naturelles (œstrogènes, testostérone) en interférant avec leurs mécanismes de synthèse, de transport, ou d’excrétion ;
- mimer l’action de ces hormones en se substituant à elles dans les mécanismes biologiques qu’elles contrôlent ;
- empêcher l’action de ces hormones en se fixant sur les récepteurs avec lesquels elles interagissent habituellement.

En découle un certain nombre de conséquences potentielles pour l’organisme, propres à chaque perturbateur endocrinien : altération des fonctions de reproduction, malformation des organes reproducteurs, développement de tumeurs, perturbation du fonctionnement de la thyroïde, du développement du système nerveux et du développement cognitif”, précisent les experts de l’Inserm.

Concernant les PFAS, les dernières connaissances sur le sujet indiquent qu’ils ont un effet sur le système immunitaire chez les enfants (moins bonne réponse aux vaccins) mais sans qu’il soit possible de dire si l’exposition augmente la fréquence des maladies, qu’ils entraînent une petite diminution du poids à la naissance, des taux plus élevés de cholestérol et qu’ils peuvent perturber le fonctionnement du foie. En outre, le PFOA est classé par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) dans le groupe 2B des “substances peut-être cancérogènes pour l’Homme”.