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QUESTION D'ACTU

Crise économique

Des Français au bord de la crise de nerf

De la crise financière à la crise sanitaire, l'OMS franchit le pas. En France, les médecins commencent à percevoir l'impact de la récession sur la santé. Aux Etats-Unis, l'effet serait comparable à celui du 11 septembre.


  • Publié 30.01.2009 à 00h00
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  • Mots clés :
  • OMS


Il nous prévoyait un « jeudi noir »... noir de monde et de désespoir. Ce 29 janvier, ils étaient des milliers à manifester partout en France pour dire leur ras-le-bol de la crise. Dans la rue, mais aussi dans les cabinets médicaux, l'exaspération est sensible.

« Si vous n'êtes pas content, vous n'avez qu'à partir. Avec la crise, il y en a 500 comme vous qui attendent à la porte. » « Depuis quelques mois, nous voyons refleurir ce genre de remarques de la part des employeurs, témoigne Marie Pezé, responsable de la consultation « Souffrances et travail » à Nanterre. L'intensification du travail et des contraintes est très nette depuis la crise. Certains de mes patients qui commençaient à s'en sortir, ont de nouveau des troubles du sommeil. » Pour cette psychologue clinicienne qui voit chaque jour des gens cassés par le travail, il n'y a pas de doute. La récession fait mal physiquement et psychologiquement.

Chez les médecins libéraux, l'impact est plus ténu mais bien réel malgré tout. Le Dr Pierre Martin, généraliste dans la banlieue de Toulouse, a par exemple observé « une augmentation des conflits au travail depuis septembre. Et ils sont tellement destructeurs que je n'hésite pas à les déclarer en accident du travail. »


Des retards aux soins

Certes, ces témoignages n'ont pas de valeur scientifique. Aucune étude randomisée n'atteste du phénomène. Cependant, tous ceux qui sont aux premières loges ont récolté des indices. Le Dr Patrick Légeron, psychiatre et spécialiste du stress au travail, a par exemple noté que la souffrance au travail se manifestait tout particulièrement dans deux secteurs touchés par la récession : la banque et l'automobile.
Pour l'urgentiste Patrick Pelloux, il y a d'autres signes qui ne trompent pas : « nous constatons de plus en plus de retard aux soins. Et quand on fait une prescription, certains patients nous demandent combien cela va leur coûter. Par ailleurs, la consommation de cocaïne est en train de flamber. Pendant la crise de 1929, c'était l'alcool.

Dans les consultations de tabacologie, les candidats à l'arrêt du tabac sont toujours là mais « je vois quelques rechutes, reconnaît le Dr Patrick Dupont, tabacologue à l'hôpital Paul Brousse (Villejuif). Et certains patients me disent que c'est plus dur de tenir en ce moment. » Chez les plus précaires, les effets n'ont pas tardé non plus à se faire sentir. Le Dr Jacques Lebas, pionnier des PASS, ces consultations hospitalières pour les plus démunis, en sait quelque chose. « Depuis environ un an, le profil de nos patients a changé. Avant, nous avions en majorité des sans-papiers. Aujourd'hui, ce sont des travailleurs pauvres qui n'avaient jamais fait appel à un dispositif comme les Pass. C'est l'impact de la crise ».

Si rien n'est fait, la récession pourrait faire davantage de dégâts encore. L'Organisation mondiale de la santé en est convaincue. Pour alerter les Etats et les inciter à prendre des mesures préventives, elle vient d'ailleurs d'organiser une réunion d'experts sur le sujet.  A l'issue de cette concertation, l'OMS a tiré la sonnette d'alarme : «
Le secteur de la santé doit prendre des mesures d'urgence pour contrer les effets négatifs de la crise financière. »


Un impact comparable à celui du 11 septembre

Les Etats-Unis et l'Asie n'ont pas attendu les recommandations de l'OMS pour agir. A Hong-Kong, une cellule d'écoute joignable 24 h/24 a par exemple été créée en octobre pour répondre notamment aux angoisses des petits épargnants. Il faut dire que la crise des « subprimes » a déjà fait des ravages. Plusieurs cadres de la finance se sont suicidés et l'American psychological association a mesuré le niveau de stress des citoyens américains. Dans son dernier rapport annuel, 80 % d'entre eux affirmaient que l'économie était une cause importante de stress pour eux, comparativement à 66 % quelques mois auparavant.
Pour Nancy Molitor, psychologue à Chicago, « c'est tout à fait comparable au 11 septembre en termes d'impact. Les appels à mon cabinet ont augmenté de 50 % ».
En France, nous n'en sommes pas là. En fait, selon Andrew Cassels, responsable de la stratégie à l'OMS, dans des pays riches, « l'impact sur la santé met quelques mois à se manifester alors que dans les pays en développement, les dégâts sont quasi immédiats. »

Cependant, le suicide en décembre dernier de Joël Gamelin, patron de chantier naval à qui l'on refusait un prêt supplémentaire de 200 000 euros pour payer ses employés, laisse penser que le nuage toxique de la crise ne s'arrêtera pas à nos frontières. La crise économique de la fin des années 70 avait d'ailleurs eu, en son temps, des effets délétères sur la santé. L'Institut national des études démographiques s'était penché sur la question en 1981. Tout en se gardant d'établir un lien de causalité évident entre crise économique et suicide, l'Ined notait que le taux de suicide avait considérablement augmenté entre 1977 et 1980, alors qu'il était stable depuis les années 50, mis à part la période de la guerre d'Algérie. Une grande étude suédoise de 2005, menée auprès de 500 000 personnes, a elle aussi montré que « les hommes étaient exposés à un risque de mortalité accru du fait de la récession ».

Sans céder à la panique et au catastrophisme, l'OMS prône donc la vigilance. Mais « dans un pays qui a 15 ans de retard en matière de prise en compte de la souffrance au travail », le pari n'est pas gagné, selon le Dr Légeron. Pour faire des économies, certaines entreprises auraient déjà mis un frein à leurs actions de lutte contre le stress.

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