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QUESTION D'ACTU

Atelier d'olfactothérapie

L’odorat pour aider à se reconstruire

Des patients en rééducation neurologique, ou encore des ados qui ont des troubles alimentaires, peuvent améliorer leurs symptômes grâce à des ateliers olfactifs. En stimulant la mémoire, l’odorat permet de recouvrer des capacités.

L’odorat pour aider à se reconstruire Faire retrouver des odeurs, oubliées à cause d'une maladie, est la base de l'olfactothérapie. LE LANN/SIPA

  • Publié 20.07.2013 à 11h42
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« Cartable neuf… La cantine, mon uniforme d’écolier… Cahier… Taille crayon… Odeur de bois… De la craie… » Ces mots, c’est par un patient hospitalisé qu’ils ont été prononcés, grâce à une odeur qu’on lui a fait sentir : une odeur de crayon. Comme d’autres, tantôt des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, tantôt de graves accidentés en rééducation neurologique, tantôt des adolescents en souffrance, ce patient a pu mettre des mots sur une odeur au cours d’un atelier olfactif.

En quoi consistent de tels ateliers ? Sous forme de groupes ou lors d’ateliers individuels, différentes odeurs sont présentées aux patients. Ils fouillent alors les souvenirs de leur passé, font resurgir des émotions, des lieux, des couleurs… Et si certains à la base parlent beaucoup, d’autres au contraire parlent peu, voire pas du tout. Pourtant, l’odeur va permettre d’amorcer la communication par un sourire, une expression.


Marie-France Archambault, à l’origine des premiers ateliers olfactifs, est psychomotricienne de formation et a travaillé 20 ans dans le milieu de la parfumerie. Elle fait partie de CEW, pour Cosmetic Executive Women, l’association des femmes de l’industrie de la beauté qui  notamment mis en place des centres de beauté gratuits dans les hôpitaux. Les premiers ateliers olfactifs démarrent en 2001 dans le service de médecine physique et de réadaptation de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, avec l’aide d’une olfactothèque constituée avec le créateur et fabricant de parfums et d’arômes alimentaires IFF. « C’était un peu une gageure de rentrer avec le nez à l’hôpital, mais nous l’avons fait », raconte Marie-France Archambault.


Ecouter Marie-France Archambault
, créatrice des ateliers olfactifs de CEW : « Nous empruntons une porte sensorielle qui n’était pas du tout utilisée en milieu hospitalier. »


Aujourd’hui, les ateliers prennent place dans onze hôpitaux ou centres médicaux français, en rééducation neurologique, en gériatrie, en maisons des adolescents, en Médecine physique et de réadaptation, ou encore en cancérologie. Les ateliers se déroulent en partenariat avec les équipes médicales (kinésithérapeutes, des ergothérapeutiques, orthophonistes, diététiciennes…). En 2012, 150 patients ont pu en bénéficier. Sabine Le Camus, olfactothérapeute, anime des ateliers olfactifs en milieu hospitalier ainsi que dans des maisons des adolescents. « Avec les jeunes en difficulté, j’anime un atelier de médiation. Avec les odeurs, on touche à l’intime. Cela permet d’aborder beaucoup de questions « difficiles » : la drogue, l’alcoolisme, la sexualité », détaille-t-elle. Ou encore, lorsqu’elle s’occupe de patients en rééducation neurologique, elle explique qu’elle leur fait sentir les odeurs de la vie courante afin de stimuler la mémoire et le langage.


Ecouter Sabine Le Camus
, olfactothérapeute : « Je fais sentir les odeurs de la vie, courante pour stimuler la mémoire et le langage. »



Ainsi par exemple, une patiente de 18 ans, hospitalisée à la suite d’un traumatisme crânien sévère survenu lors d’une agression, progresse au fil des séances accompagnées de l’orthophoniste qui stimulent son odorat sur une longue période. Au départ incapable d’identifier une odeur, elle a pu au fil du temps reconnaître les différentes familles ou catégories d’odeurs… Il y a aussi cette femme de 38 ans, chinoise, pour qui tout a basculé après un accident vasculaire cérébral. Au début de ses séances, son incapacité à initier des tâches simples est totale. Elle manque de mots. Au fil des ateliers olfactifs pourtant, en collaboration avec un orthophoniste, elle progresse jusqu'au jour où, ayant senti une touche olfactive d'encens, elle réussit à échanger autour de la façon dont elle l'employait chez elle et l'importance de ce rituel. Avec l'encens, cette femme s'était replongée dans un univers qu'elle maîtrisait parfaitement.


Si l’objectif des ateliers était ludique au démarrage, ils sont aujourd’hui à but thérapeutique. « Mais attention, précise Marie-France Archambault, ce ne sont pas des odeurs qui soignent. Nous voulons montrer ce que cela apporte au niveau psychologique, mental ainsi qu’au niveau de la récupération de certains patients ». Les ateliers olfactifs ne manquent pas de légitimité auprès des hôpitaux, toutefois plusieurs protocoles ont été initiés cette année afin de mener des études qui rassembleront des données scientifiques sur le sujet de l’olfactothérapie. Pour le moment, la France est la seule à la connaissance du CEW à mener de tels ateliers après des malades. D’autres pays commencent à s’y intéresser de près, comme le Royaume-Uni, poursuivant le même objectif : « faire sentir aux patients les odeurs de la vie afin de les remettre dans la vie », comme le résume Marie-France Archambault.

 

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