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Qualité de vie altérée

Cancer de la prostate : l'Inserm pointe les sur-traitements

Par la rédaction

D’après une étude de l'Inserm, le sur-traitement du cancer de la prostate est réel. Et cette pratique est risquée car elle peut provoquer des effets indésirables, impuissance, incontinence...

DURAND FLORENCE/SIPA
MOTS-CLÉS :

Le sur-traitement du cancer de la prostate est réel en France ! Dans une étude publiée ce jeudi, l'Inserm confirme ce que des spécialistes dénonçaient déjà au mois d'avril. Et l'Inserm avertit sur les risques associés à cette pratique. Les traitements contre le cancer de la prostate ont en effet un impact fort sur la qualité de vie des hommes traités, puisqu'environ 10% des patients gardent des séquelles urinaires après une chirurgie. Leur sexualité est également profondément bouleversée: après chirurgie de la prostate, un tiers des hommes serait impuissant et 60 à 80 % le serait après les rayons.


C'est dans ce contexte que le travail mené par Cyrille Delpierre, chercheur à l'Inserm, a consisté à estimer l'ampleur du phénomène. L'échantillon pris pour mener l'expérience était composé de 1840 patients diagnostiqués malades en 2001. Et cette fois-ci encore, les résultats sont sans appel. Parmi la cohorte, de 9,3% à 22.2% des patients atteints de tumeurs au stade T1 étaient sur-traités. Par ailleurs, 2% des patients atteints de tumeurs au stade T2 l'étaient également. En outre, l'étude révèle que la présence d’une comorbidité augmentait considérablement ces proportions. Les patients au stade T1 avec plus de deux comorbidités étant en situation de sur-traitement potentiel dans la presque totalité des cas et étant réellement sur-traités dans un tiers des cas. Face à ce sur-traitement, qu'ils considèrent à risque, des spécialistes se sont mobilisés.


Quels sont les patients qu’il ne faut pas traiter ?

« Entre 30% à 50% des cancers de la prostate qui sont diagnostiqués ont des critères de gravité qui justifieraient une simple surveillance », résumait en avril dernier à pourquoidocteur le Pr François Desgrandchamps. » 
« Dans le cancer de la prostate, expliquait le chef du service d'urologie à l'hôpital Saint-Louis (Paris), il y a au moins deux grands types de cancer, des dangereux et d’autres à évolution très lente. Ces derniers ont des critères précis. Ce sont des cancers avec des PSA en dessous de 10. Un score de Gleason inférieur ou égal à 6. Le score de Gleason évalue l’aspect du cancer au microscope, et si le cancer est agressif, ce score est plus élevé, au-dessus de 7. De plus, lorsque le nombre de biopsies cancéreuses est faible, cela traduit un faible volume tumoral et donc un risque moindre. Les patients présentant ces critères, pourraient donc avoir comme option de traitement, une simple surveillance régulière ». Plusieurs études (1) montrent par ailleurs, que chez les patients surveillés au long cours, au final, environ un tiers d’entre eux seulement, ont besoin d’un traitement.


En quoi consiste cette surveillance active ?
« Pour les cancers à évolution lente, on va laisser le patient tranquille, c’est à dire ne pas l’opérer dans l’immédiat, on agira si le cancer se met à évoluer. La surveillance active a des nombreux bénéfices, mais chez les patients jeunes et anxieux, dans mon expérience, cela peut générer parfois de l’angoisse. Certains finissent par consulter un autre urologue et par se faire opérer quand même », confiait également le Pr Michael Peyromaure, du service d'urologie de l'hôpital Cochin. Et le Pr François Desgrandchamps de rajouter, « quand le cancer est éligible à une surveillance, on fait des PSA tous les 3 mois la 1ère année, ainsi qu’une biopsie de contrôle à un an. » 


Avec 71 200 nouveaux cas en 2011 et 8700 décès par an, le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme de 50 ans.

(1)

Active Surveillance for Low-Risk Prostate Cancer Worldwide: The PRIAS Study

Screening for Prostate Cancer: U.S. Preventive Services Task Force Recommendation Statement

Overdiagnosis in Cancer 

 

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