ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Allergies : les réducteurs d'acide gastrique pourraient augmenter le risque

Corrélation

Allergies : les réducteurs d'acide gastrique pourraient augmenter le risque

Par Raphaëlle de Tappie

Des chercheurs viennent de publier une étude "présumant" d’un risque élevé d’allergies pour les consommateurs d’inhibiteurs d’acide gastriques. 

Tharakorn/iStock
MOTS-CLÉS :

En France, les medicaments qui réduisent l’acide gastrique sont prescrits très fréquemment. En 2015, plus de 15,8 millions de patients se seraient vus prescrire au moins une fois des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), soit environ un quart de la population française. Or, selon une étude de l’Agence du médicament (ANSM) parue en décembre 2018, ces médicaments ne sont pas sans risques quand ils sont utilisés à long terme.

Un risque allergique

Aux Etats-Unis, où ils sont aussi très prescrits (plus de 15 millions d’Américains auraient reçu des ordonnances pour ces traitements en 2013), des chercheurs ont publié une étude "présumant" d’un risque élevé d’allergies pour les consommateurs d’inhibiteurs d’acide gastriques. Ces résultats sont parus dans la revue Nature Communication.

Pour leur étude, les chercheurs de l'Université médicale de Vienne (Autriche) ont analysé les dossiers d'assurance de 8,2 millions de personnes vivant en Autriche, soit 97% de la population. Les chercheurs ont ainsi pu observer qu'après des prescriptions pour des inhibiteurs d'acide gastrique, la consommation de médicaments d'anti-allergies étaient plus importante. Dans le détail, les gens qui avaient pris des médicaments pour réduire les flux gastriques avaient deux ou trois fois plus de risques de recevoir une prescription pour des médicaments anti-allergies par la suite.

Les docteurs préscrivent des PPI pour traiter diverses problèmes d'acide gastrique, comme le reflux gastro-oesophagien pathologique. Ce dernier désigne la remontée d'une partie du contenu de l'estomac dans l'œsophage (le conduit reliant la bouche à l'estomac) et se manifeste par des brûlures d’estomac très désagréables.

L’acide gastrique est vital pour la digestion

Mais l’acide gastrique est vital pour la digestion de la nourriture, expliquent les chercheurs. Car il permet de diviser les aliments en portions de petites tailles plus facilement assimilables dans l’intestin et protège le système digestif de bactéries et autres agents symptomatiques de maladies. Aussi, réduire la production d'acide gastrique pourrait aider à certaines substances non désirées à entrer sans difficulté dans l'intestin, ce qui pourrait déclencher ou empirer une allergie. 

Ainsi les chercheurs de l'étude encouragent les patients à ne pas consommer des inhibiteurs gastriques plus longtemps que nécessaire. "Ils bloquent la protéine de digestion, changent le microbiome dans le tract gastro-intestinal et augmentent le risque de réactions allergiques", détaille Erika Jensen-Jarolim, auteur principal de l'étude.

"Vérification d’hypothèses"

Pour le Professeur Saad Shakir, directeur de l'Unité de recherche sur l'innocuité des médicaments au Royaume-Uni non impliqué dans l'étude, cette dernière est une "vérification d'hypothèses".

Selon lui, les PPI et autres suppresseurs d'acides gastriques peuvent affaiblir les mécanismes de défense qui empêchent normalement de nombreuses substances d'aller plus loin que l'estomac. Il considère par ailleurs l'utilisation d'ordonnances comme marqueurs de substitution pour les diagnostics d'allergie comme "une approximation raisonnable". Enfin, bien que l'étude ne réponde pas avec certitude à une question, elle "renforce l'hypothèse concernant l'association entre la prise de suppresseurs d'acide et le développement de symptômes allergiques", conclut-il.

En France, l’étude de l’ANSM dénonçait une utilisation "massive" de IPP. "Cette utilisation massive est problématique en raison des risques potentiels d’effets indésirables associés, en particulier chez la personne âgée et dans le cas de traitements au long cours", écrivait l’agence, rappelant qu’il "est important de ne pas banaliser l’utilisation" de cette classe de médicaments, "généralement bien tolérés à court terme", mais dont l’"utilisation au long cours n’est pas sans risque".