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Contraception d’urgence

Pologne : la pilule du lendemain n’est plus en vente libre

Par Audrey Vaugrente

Le Parlement polonais a adopté une loi qui restreint l'accès à la contraception d'urgence. La délivrance d'ellaOne est désormais soumise à ordonnance dans le pays.

Wojciech Staszczyk/Flickr

Les droits des femmes font un bond en arrière en Pologne. Les députés du pays ont adopté, ce 25 mai, des conditions restreintes d’accès à la contraception d’urgence. La pilule du lendemain ellaOne ne sera disponible que sur ordonnance. L’adoption du texte au Sénat ne fait pas de doute. Il est en majorité conservateur.

Avec ce vote, les conservateurs du Parlement peuvent se targuer d’une première réussite. Conformément au règlement de l’Union européenne, le pays d’Europe de l’Est avait autorisé l’accès libre à la pilule du lendemain aux femmes de plus de 15 ans.

Une pilule à 30 euros

Parmi les députés présents, 242 se sont prononcés pour la restriction de la contraception d’urgence. Pour appuyer sa proposition, la Première ministre Beata Szydlo a avancé ses meilleurs pions. Le ministre de la Santé et son bras droit ont tous deux publiquement pris position contre la pilule ellaOne.

Pour Konstanty Radziwill, en charge de la santé au gouvernement polonais, la prescription de la pilule du lendemain est inenvisageable, même en cas de viol. Quant à la vice-ministre, elle estime que les hormones en dose massive présentent un risque pour les jeunes. 

Un argument, bien sûr, injustifié et faux. D’abord, selon la Fédération pour les femmes et le planning familial, moins de 2 % des mineures ont déjà accédé à la contraception d’urgence. Son prix pose aussi obstacle : le cachet coûte l’équivalent de 30 euros en Pologne.

Le combat contre les femmes

Mais surtout, rien ne permet d’affirmer que les hormones délivrées par la pilule du lendemain présentent un risque pour la santé des jeunes femmes. Le Vidal le précise lui-même : « ellaOne convient à toute femme en âge de procréer, y compris les adolescentes ». L’efficacité est la même quel que soit l’âge de la patiente. Preuve supplémentaire de son innocuité : la molécule a été retirée de la liste française des substances vénéneuses en avril 2015.

Pour la Fédération polonaise pour les femmes et le planning familial, la bataille se situe en réalité sur un autre plan. « Ce projet limite les droits de femmes en matière de reproduction », tranche Katarzyna Labedz. De fait, le gouvernement polonais a déjà alarmé par ses prises de positions très conservatrices.

En octobre déjà, le pays a suscité la polémique avec un projet de loi destiné à interdire l’IVG, à quelques exceptions près. Les députés ont finalement cédé à la pression de la rue et ont rejeté le texte soumis par des associations pro-vie.

Le difficile accès aux soins

La Première ministre n’a pas pour autant abandonné la bataille. Depuis le début de l’année, des allocations sont offertes aux femmes qui choisissent d’accoucher d’un enfant handicapé ou porteur d’une maladie génétique. Elle s’élève à 4 000 zlotys, soit environ 1 000 euros, souligne Le Monde. Le quotidien du soir révèle également qu’un groupe d’élus conservateurs s’apprête à déposer un projet qui « gratifie » les professionnels faisant appel à leur clause de conscience pour refuser une IVG.

Au final, la restriction de la pilule du lendemain ne fait que renforcer les difficultés d’accès aux soins pour les Polonaises. Car la Fédération pour les femmes et le planning familial le rappelle, rares sont celles qui peuvent accéder à un médecin libéral. « Seules les femmes qui peuvent payer une consultation chez le médecin libéral seront capables d’obtenir la pilule », avertit-elle.

Dans les structures publiques, les délais d’attente sont trop longs pour accéder à une contraception d’urgence. Les femmes risquent alors de se tourner vers des alternatives moins sûres et moins efficaces. Ce qui devrait se traduire par des grossesses non désirées, des complications sanitaires et des avortements pratiqués dans des conditions de salubrité imparfaites. Un résultat contre-productif pour un gouvernement qui souhaitait réduire le nombre d’IVG.