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3000 décès évitables

Pollution des villes: des médecins parisiens lancent l'alerte

Par Melanie Gomez

Alors que l’InVs attribue 3000 décès par an à la pollution en France, des médecins dénoncent la gravité de la situation et réclament des mesures sanitaires. 

Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

« La perte d’espérance de vie à cause de la pollution est désormais quantifiée. Les parisiens et les habitants de 8 autres grandes villes françaises perdent entre 8 et 12 mois de vie » explique le Dr Bernard Jomier, généraliste et élu écologiste dans le XIXe arrondissement de Paris. Les chiffres alarmants brandis par ce médecin sont issus de l’étude Aphekom menée en mars 2011. Un travail qui a permis de mesurer l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé dans 25 villes européennes. Le 8 janvier dernier, ces chiffres ont été réactualisés et publiés dans le bulletin épidémiologique de l’Institut National de veille sanitaire (InVS). Une mise à jour qui est presque passée inaperçu, ce qui a poussé 30 médecins généralistes à créer un collectif pour interpeller les pouvoirs publics sur la gravité de la situation et inciter les autres médecins à signer leur pétition.

« Bien sûr, on surveille la pollution, des taux limites à ne pas dépasser sont fixés règlementairement mais pour autant,  on ne se donne pas les moyens de prévenir les effets sur la santé. », observent ces médecins.

Ecoutez le Dr Bernard Jomier, généraliste à Paris : « Chaque jour, on est en dépassement des seuils réglementaires de pollution, et on nous dit que c’est un niveau moyen. Quand un patient a 16 de tension, on lui dit pas votre tension est moyenne ! »



Ce collectif de médecins ne fait pas de proposition pour améliorer la situation. Ils estiment que ce n’est pas de leur ressort de définir des mesures de lutte contre la pollution atmosphérique. Cependant ils rappellent, preuves scientifiques à l’appui, qu’il est possible d’agir de manière bénéfique sur la santé de la population.
Dans l’étude Aphekom, il est clairement démontré que dans certaines villes européennes extrêmement polluées comme Bucarest par exemple, on pourrait gagner jusqu’à 22 mois d’espérance de vie, si l’on respectait les normes de l’OMS sur les particules fines.

En France, ce serait 3000 décès qui pourraient ainsi être évités. En outre, pour ces professionnels de santé, améliorer la qualité de l’air permettrait déjà de limiter le développement de certaines maladies de plus en plus présentes dans leurs cabinets. En effet, le projet APHEKOM montre aussi que le fait de vivre près de rues ou de routes à trafic élevé serait responsable de 15% à 30% du développement de l'asthme chez l'enfant ainsi que du développement de pathologies chroniques respiratoires et cardiovasculaires chez les personnes âgées de 65 ans et plus.  

Ecoutez le Dr Bernard Jomier : «On voit des enfants et des adultes qui toussent tout le temps, des insuffisants respiratoires très mals au moment des pics de pollution. »


 

Ces médecins demandent donc à l’Etat et à la Ville de Paris d’agir pour améliorer la qualité de l’air. Ils appelent également à une réglementation plus protectrice de la santé de la population, en accord avec les données scientifiques actuelles. D’ailleurs, pour ces généralistes parisiens, le plan d’urgence sur la qualité de l’air annoncé récemment par la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, est insuffisant.  

Ecoutez le Dr Bernard Jomier : « Il suffit pas de réduire la circulation automobile. A Paris elle a déjà baissé depuis 10 ans, mais le niveau de pollution n’a pas baissé significativement. 


 

Si les arguments scientifiques ne suffisent pas à convaincre les pouvoirs publics, peut être que l’argument économique pourrait le faire. Selon un rapport de l’InVS publié en septembre 2012, plusieurs milliards d’euros par an pourraient être économisés dans 9 villes françaises en améliorant la qualité de l’air. Dans une moindre mesure, si à Bordeaux, le Havre, Lille, Lyon, Marseille, Paris, Rouen, Strasbourg et Toulouse, la valeur guide de l’OMS pour le maximum journalier d’ozone était respectée, près de 360 hospitalisations cardiaques et plus de 630 hospitalisations respiratoires seraient évitées et cela entraînerait près de 4 millions d’euros d’économie.