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Lymphome

CHU de Nantes : des décès suspects et des hypothèses

Entre le 10 et le 13 novembre, 3 patients atteints de lymphome et pris en charge au CHU de Nantes sont décédés de complication cardiaque. 

CHU de Nantes :  des décès suspects et des hypothèses SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

  • Publié 19.11.2016 à 13h47
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Quatre patients atteints de lymphome pris en charge par le CHU de Nantes ont été victimes de complications cardiaques graves. Trois d’entre eux sont décédés entre le 10 et 13 novembre dernier, a annoncé le ministère de la Santé dans un communiqué de presse publié ce vendredi. Ces décès suspects dans une séquence de temps aussi courte ont poussé Marisol Touraine, à saisir l’Inspection générale des affaires sociales (Igas).

Interrogé sur France Info, Benoît Vallet, directeur général de la Santé, a reconnu que cette situation était « exceptionnelle », notamment en raison des profils similaires des patients traités par chimiothérapie avec le même protocole de soins. A ce stade, les causes exactes ne sont pas connues. Les premières conclusions de l’enquête sont attendues d’ici une semaine. Pourquoidocteur décrypte ce qui s’est passé.


Qu’est-ce qu’un lymphome ?

Ce cancer est la tumeur maligne du sang et du système lymphatique la plus fréquente. « Ce sont les organes de défense qui sont chargés de la défense de l’organisme qui sont affectés, précise à Pourquoidocteur le Pr Hervé Tilly, hématologue au Centre de lutte contre le cancer Henri Becquerel à Rouen (Normandie).

En 2012, plus de 35 000 nouveaux cas d’hémopathies malignes ont été recensés en France, dont deux tiers sont des lymphomes. Il est le premier cancer de l’adolescent et du jeune adulte. Mais derrière ce nom se cache près d’une centaine de maladies différentes. Celles-ci sont divisées en 2 grands groupes : les lymphomes Hodgkinien (10 % des lymphomes) et les lymphomes non Hodgkinien.


Les traitements des patients du CHU de Nantes 

En raison du grand nombre de maladies différentes, les thérapies s’adaptent. Toutefois, la chimiothérapie est un traitement classique. A Nantes, les 4 patients suivaient « une cure de chimiothérapie intensive avec autogreffe », a précisé le ministère de la Santé. « C’est une chimiothérapie à forte dose, dont on sait que, dans certains cas, elle peut vaincre les résistances des cellules cancéreuses qui ont résisté aux autres traitements. De ce fait, elle est utilisée dans des cas bien codifiés », explique le spécialiste.

Lorsque les patients suivent ce protocole thérapeutique, ils sont hospitalisés pendant environ un mois. La chimiothérapie dure 5 jours. Cette thérapie a des effets secondaires graves connus. En effet, elle fait baisser le niveau de globules blancs et de plaquettes, les patients sont donc plus à risque d’infection.
« Alors pour pallier cet inconvénient, nous pratiquons depuis des années une auto-greffe. Cela consiste à prélever les cellules du patient quelques jours ou semaines avant la chimiothérapie puis on lui réinjecte après le traitement. Cela permet une récupération plus rapide des globules blancs et des plaquettes », précise le Pr Tilly.

Pour ce traitement, 4 molécules peuvent être utilisées, dont la cyclosphosphamide qu’ont reçue les 4 patients ou le melphalan.


Pourquoi avoir utilisé de la cyclosphosphamide 

Pour le Pr Tilly, cela n’a rien d’inhabituel. « Ce médicament est largement utilisé par de nombreux centres et dans de nombreuses chimiothérapies intensives pour différents cancers depuis plus de 20 ans. Cette utilisation est très classique », assure-t-il. Le ministère a d’ailleurs confirmé que « ce traitement est validé par la communauté médicale ».

Depuis une quinzaine d’années, les hématologues ont une nouvelle option thérapeutique donnant moins d’effets secondaires : le melphalan. Les médecins du CHU de Nantes ne l’ont pas utilisé chez les 4 patients car ce médicament est en tension d’approvisionnement. Ils ont donc préféré réserver les lots de melphalan restants aux patients atteints de myélome, un autre cancer, pour lequel n’existe pas d’autre alternative. 

Ecoutez...
Hervé Tilly, hématologue au Centre de lutte contre le cancer Henri Becquerel à Rouen  : « Cela fait plusieurs mois que l'on gère les stocks comme on peut... »

 

Là encore, le Pr Tilly affirme que ses confrères ont agi comme de nombreux centres de cancérologie, et notamment le sien. « Nous avons des difficultés à nous approvisionner depuis quelques mois. Ces tensions viennent du fait que le melphalan ne peut être utilisé qu’en chimiothérapie intensive et qu’il n’est produit que par un seul laboratoire européen », décrit-il. L’association France Lymphome Espoir, et des médecins dont le Pr Tilly, ont par ailleurs alerté les autorités sanitaires et le laboratoire de cette pénurie et de ses conséquences.

Pour l’heure, rien n’indique que le choix thérapeutique fait par les médecins nantais explique ces décès suspects. « C’est un médicament habituel utilisé dans des circonstances habituelles et dans un service connu pour son sérieux, donc il faut vraiment attendre les conclusions de l’enquête », conclut le spécialiste.

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