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QUESTION D'ACTU

Projet de loi discuté en janvier

Mariage gay : les opposants ne feront pas reculer le gouvernement

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté ce week-end leur opposition au mariage et à l'adoption par des couples homosexuels. Le gouvernement a entendu la rue mais ne fléchira pas. 

Mariage gay : les opposants ne feront pas reculer le gouvernement LANCELOT FREDERIC/SIPA

  • Publié 18.11.2012 à 12h35
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A Paris mais également à Nantes, Toulouse ou Rennes, les opposants au mariage homosexuel se sont manifestés durant tout le week-end. Samedi, ils étaient plus de 100 0000 dans la capitale pour dire « non à un bouleversement majeur et dangereux » qui « ignorera désormais les deux piliers de l'identité humaine : la différence sexuelle et la filiation ». Ce dimanche, l'institut Civitas, proche des catholiques intégristes, appelle à manifester contre le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux homosexuels.

« Les opposants à des évolutions de la société restent présents, et, moi, je dois dire que je respecte les inquiétudes qui peuvent s'exprimer », a  commenté Marisol Touraine au mircro d'Europe 1. Mais la ministre de la Santé et des Affaires sociales a rappelé que cette mobilisation ne ferait pas fléchir le gouvernement. Ce projet « sera discuté à l'Assemblée au mois de janvier, ce qui va permettre à tous les débats de se tenir. Honnêtement, il me paraît difficile de considérer qu'il n'y a pas eu de débat public sur cette question », a-t-elle poursuivi. 

Si ce texte déclenche autant les passions et divise l'opinion, au delà des courants politiques ou des convictions religieuses, c'est parce que le mariage pour tous implique que le schéma familial « traditionnel » soit remis en question. Comme il l’a régulièrement été au cours de l’Histoire. Cette diversification des modèles familiaux a d’ailleurs fait évoluer le statut de l’enfant. Mais, au fait, comment ce dernier vit-il ces changements ?


Un schéma familial en constante évolution. « La famille a beaucoup changé depuis les années 1960 », analyse Martine Ségalen, ancienne chercheuse au CNRS, professeur émérite à l’Université Paris Ouest, sociologue spécialiste de la famille (1). Ces changements se sont notamment opérés avec l’évolution du statut des femmes, et les avancements comme la contraception et l’avortement. La morphologie familiale se transforme, donnant lieu à de nouvelles formes de vie familiale et à une diversification des modèles familiaux. Jusqu’à arriver aujourd’hui en France à la question de la famille homosexuelle. 
Des familles homosexuelles « extrêmement variées ; en ce sens banales », commente Taina Tervonen, journaliste auteure d’un ouvrage de récits d’enfants de couples homosexuels (2). Car qui dit famille, dit justement enfants. Actuellement, le nombre d’enfants élevés par des homosexuels est - difficilement - estimé entre 24 000 et 40 000 selon l’Institut national d’études démographiques.

Le statut de l’enfant change. « L’enfant a d’abord été un travailleur, puis quelqu’un destiné à s’occuper de vous, résume Martine Ségalen. Cela a changé lorsque l’on a commencé à faire moins d’enfants. On a découvert la psychologie de l’enfant, sa place a été grandissante dans la famille. L’enfant est devenu fondateur du couple et de la famille, on l’a cousu d’une charge affective considérable ». Le statut de l’enfant est un miroir de la société changeante. Aujourd’hui, on s’interroge sur son statut au sein de la famille homoparentale. La sociologue note que l’apparition des couples homosexuels parents est une nouveauté présente dans le champ de la famille de façon très récente. Toujours est-il qu’« aujourd’hui, les homosexuels ne se posent plus la question de savoir s’ils ont le droit de faire des enfants, ils se demandent s’ils en ont envie », explique Taina Tervonen. Les âges des interviewés varient de 18 à 87 ans ; selon les époques auxquelles ils ont grandi, le regard de la société était très différent. Notre société se pose aujourd'hui la question de savoir si ces enfants sont « des enfants comme les autres », reprend Taina Tervonen ; en résumé s'ils vont aussi bien que les autres.

Les enfants d’homosexuels, comme les autres ? Pour la sociologue Martine Ségalen, l’homoparentalité relève d’une vraie rupture. « La famille, c’est avant tout du lien social. Mais la sociologie montre qu’élever des enfants, ce n’est pas que de l’amour, c’est aussi un cadre institutionnel, des références masculines et féminines », pondère Martine Ségalen. 
Plus de 700 articles scientifiques ont été consacrés depuis le début des années 70 à l’homoparentalité, dont 10% au développement des enfants, relevait Le Monde fin septembre. Bilan de ces études : « La tendance générale est qu’il n’y a pas de différences massives entre les enfants élevés dans les familles homoparentales et les autres », déclarait au quotidien Olivier Vécho, psychologue, ayant réalisé une thèse sur le développement socio-affectif des enfants vivant dans les familles homoparentales. Au sein de l’échantillon d’enfants de couples homosexuels que Taina Tervonen a interviewés, « la question de l’orientation sexuelle des parents était anecdotique. Une fois cela mis de côté, ils racontaient des histoires de famille », relate-t-elle.
Il y a avec l’homoparentalité une question qui relève du choix de société. En attendant la confirmation de vote au Parlement, le gouvernement français va trancher.

(1) Auteure de Sociologie de la famille, Ed. Armand Colin, et de A qui appartiennent les enfants ?, Ed. Tallandier.
(2) Auteure avec Zabou Carrière de Fils de…, édité par Trans Photographic Press.

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