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664 incidents graves

Champignons : les précautions pour éviter l’intoxication

Par Noémie Bertin

Le nombre d'intoxications dues à la consommation de spécimens vénéneux a explosé avec les pluies d'automne. Des mesures simples permettent d'éviter des complications.

Catherine Tsai/AP/SIPA

664 intoxications liées à la consommation de champignons, dont trois décès. C’est le nombre de cas répertoriés en France, au cours des trois dernières semaines, par l’Institut de veille sanitaire (InVS). Des incidents graves qui rappellent, alors que les promeneurs se sont lancés à l’assaut des bois automnaux, que la cueillette des champignons nécessite la plus grande vigilance. Car les confusions entre les champignons comestibles et leurs cousins toxiques sont responsables de la plupart de ces intoxications.

Ainsi, l’agaric champêtre est-il fréquemment confondu avec l’agaric jaunissant, vénéneux. Difficile aussi de bien faire la distinction entre les amanites blanches mortelles et celles qui sont comestibles. « Ne ramassez que les champignons que vous connaissez parfaitement », préconise l’InVS dans un communiqué publié lundi. Pour reconnaître un spécimen, il faut en examiner les différentes parties : chapeau, tube, anneau, pied, volve. Problème : «La plupart des gens ne connaissent pas ce langage, affirme le Dr Patrick Harry, chef de service du centre antipoison d’Angers. Ils ne savent pas faire la différence entre les lames et les tubes. »

Ecoutez le Dr Patrick Harry, chef de service au Centre antipoison d’Angers. « Pour les citadins, hors de question d’aller manger des champignons sans les faire vérifier par des référents. »


Les autorités sanitaires recommandent donc de faire contrôler la récolte par un pharmacien averti ou un expert issu d’une société de mycologie avant de la consommer. Afin que la reconnaissance soit juste, l’idéal est de cueillir le champignon entier et de déposer chaque espèce dans des contenants distincts.

Ecoutez le Dr Patrick Harry. « Bien séparer les champignons est un bon conseil. »


En dépit des recommandations répétées chaque année, les méprises restent nombreuses. Eruptions cutanées, troubles digestifs et neurologiques, atteintes du foie et des reins : les symptômes sont multiples, plus ou moins graves selon les toxines contenues dans les champignons ingérés.

Il existe deux grands types d’intoxications
: les syndromes à latence courte et les syndromes à latence longue. Lors des premiers, les symptômes (vomissements, diarrhées, augmentation ou baisse de la fréquence cardiaque ou encore hallucinations) apparaissent rapidement, entre trente minutes et cinq heures après le repas. Moins graves, causés par exemples par les inocybes, ils sont heureusement plus fréquents que les syndromes à latence longue.
Ces derniers, dont les symptômes commencent après la huitième ou la douzième heure, provoquent des atteintes hépatiques, rénales et musculaires très graves pouvant engager le pronostic vital. L’intoxication phalloïdienne est de ceux-là : causée par la consommation d’amanites phalloïdes ou de petites lépiotes, elle est responsable du décès de deux personnes en octobre dernier.

Outre la toxicité du champignon, deux facteurs entrent en jeu dans le pronostic. « La dose d’exposition, c’est-à-dire la quantité de champignons consommés, et le terrain plus ou moins sensible de la personne comptent aussi », détaille le docteur Patrick Harry. De personnes âgées, atteintes de maladies cardiaques ou d’autres affections sévères réagiront plus violemment aux toxines.

En cas d’apparition d’un ou plusieurs symptômes, pas d’hésitation: appelez immédiatement le centre antipoison le plus proche. L’expertise de ces centres, disposant d’un standard destiné au grand public et au corps médical, permettra d’identifier les champignons consommés et d’orienter les malades vers les structures adaptées. « Nous travaillons avec l’hôpital, à qui nous envoyons un protocole de soins afin d’optimiser la pris en charge du patient », précise le docteur Patrick Harry. Dernier conseil aux mycophiles : tous les champignons sauvages doivent être cuits et consommés dans les deux jours suivant la cueillette.