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Bactériophages

Des virus contre la mucoviscidose

Par Raphaëlle Maruchitch

La mucoviscidose se complique souvent d’infections broncho-pulmonaires, parfois résistantes aux antibiotiques. Les bactériophages pourraient être utiles pour ces patients sans alternative.

Bactériophages sur la bactérie Escherichia coli O104:H4 souche 55989 (Institut Pasteur / C. Le Bouguénec, L. Debarbieux,P. Bomme,J-M. Panaud )

Hervé Jacqueson est un jeune homme de 28 ans, atteint de la mucoviscidose. Il y a quatre ans, il n’arrivait pas à se débarrasser d’une infection devenue résistante aux antibiotiques. Après une cure, il a au final récupéré 10% de sa capacité respiratoire. Aujourd’hui, il peut travailler.
Le jeune homme a fait une cure avec des bactériophages. Plus communément appelés phages, ce sont des prédateurs naturels des bactéries. Les phages n’attaquent pas les cellules humaines. Ils ciblent les bactéries et se multiplient à l’intérieur. La paroi de la bactérie est alors détruite, les phages libérés, prêts à assaillir de nouvelles bactéries.
Notre environnement regorge de phages. Pour les obtenir, des prélèvements sont réalisés dans la nature. Puis ils sont purifiés ; les phages sont sélectionnés et isolés.

Des cures en complément d'antibiotiques

Chez les patients atteints de mucoviscidose, les bactériophages sauraient se rendre utiles dans le cas d’infections broncho-pulmonaires résistantes aux antibiotiques. En 2007, l’association Vaincre la mucoviscidose a financé un premier projet de recherche sur le sujet, développé à l’Institut Pasteur. Puis, des bactériophages ont été testés sur des crachats de patients atteints de mucoviscidose provenant de 3 centres hospitaliers. En outre, une étude a débuté chez des patients en réanimation.

L’association Phagespoirs, qui promeut notamment la recherche sur la phagothérapie chez l'homme dans le domaine respiratoire, a travaillé sur ces différents projets. Son président le  Dr Jérôme Larché, chef du service hospitalier de réanimation polyvalente au centre hospitalier de Narbonne, a créé cette association après la première cure de phages de son frère, Hervé Jacqueson.

Actuellement, Hervé Jacqueson effectue des cures régulières, en complément d’antibiotiques. Mais les bactériophages thérapeutiques ne sont pas produits en France. Ils l’ont pourtant été dans les années 1920 avant d’être délaissés au profit des antibiotiques. Quelques pays de l’Est ont continué à avoir recours aux phages. C’est via la Géorgie qu’Hervé Jacqueson se procure les phages qu’il utilise. Un cas exceptionnel, qui relève de sa propre initiative.


Ecoutez Hervé Jacqueson
, atteint de mucoviscidose : « J’étais en impasse thérapeutique, j’ai fait un traitement sur place. Ça a été une expérience probante. »



Franck Dufour, directeur scientifique de Vaincre la mucoviscidose, rappelle que la prudence est de mise avec cette potentielle thérapie. « Il y a encore beaucoup de travail à mener avant de transformer la phagothérapie (l’utilisation de phages dans un but thérapeutique) en traitement chez des patients », avertit-il.

Ecoutez Franck Dufour, directeur scientifique de Vaincre la mucoviscidose : « Il n’y a pas eu de démonstration faite de l’efficacité de ce type d’approche, c’est pourquoi il y a des études en cours. »


 

Le Dr Larché a déposé mi-juillet une demande d’autorisation temporaire d’utilisation (ATU) pour une patiente souffrant d’une dilatation des bronches et ayant contracté une infection résistante aux antibiotiques. « L’objectif est de pouvoir lui administrer avant la fin de l’été des phages en milieu hospitalier, avec une surveillance clinique », complète-t-il. Ce serait une première.
Comme ils s’attaquent aux bactéries, les bactériophages sont d’ailleurs testés chez des personnes autres qu’atteintes de mucoviscidose. Des patients ont, par exemple, guéri d’infections osseuses à staphylocoque doré, alors qu’ils étaient en passe de se faire amputer.