La petite pilule bleue aurait des propriétés insoupçonnées. Connu pour ses effets sur les troubles de l’érection, le Viagra serait aussi efficace dans le traitement de la maladie de Leigh. Cette pathologie génétique rare entraîne notamment des troubles neurologiques et musculaires. Dans la revue spécialisée Cell, des chercheurs expliquent avoir découvert que le sildénafil, le principe actif du Viagra, peut améliorer la force musculaire et réduire les symptômes neurologiques chez les personnes touchées.
Qu'est-ce que le syndrome de Leigh ?
"Le syndrome de Leigh fait partie des mitochondriopathies, c'est-à-dire des maladies du métabolisme énergétique, précisent les auteurs, issus de différentes universités européennes. Les mitochondries sont les centrales énergétiques de la cellule." Des mutations génétiques entraînent des dysfonctionnements des mitochondries, ce qui provoque des lésions cérébrales. "Selon la région du cerveau touchée, différents symptômes apparaissent, se manifestant dès la petite enfance, développent-ils. Parmi ceux-ci figurent une faiblesse musculaire, des difficultés à avaler, des troubles respiratoires, des crises d'épilepsie et un retard de développement mental." Les personnes touchées ont une espérance de vie réduite, et pour l’heure, aucun traitement ne permet de soigner la maladie.
Syndrome de Leigh : comment le Viagra est devenu un traitement potentiel ?
Afin d'identifier le sildénafil comme un médicament potentiellement efficace, les chercheurs ont effectué un long parcours de recherche. Ils ont d’abord fabriqué des cellules souches à partir de cellules cutanées de patients atteints du syndrome de Leigh. Cela leur a permis de produire des cellules nerveuses, présentant les mêmes anomalies que celles des patients. Ensuite, ils ont sélectionné plus de 5.500 substances actives déjà approuvées pour le traitement d'autres maladies, puis ils ont testé leur effet sur des cellules nerveuses en culture. "Cela a permis de démontrer que le sildénafil, parmi d'autres médicaments, améliorait la fonctionnalité électrique des cellules nerveuses", explique le Dr Ole Pless, auteur principal de cette étude.
Dans un second temps, l’équipe a travaillé sur des organoïdes, des répliques miniatures tridimensionnelles du cerveau. Cela a confirmé les bénéfices du sildénafil sur les cellules nerveuses. Dans une étude sur des animaux, le médicament a amélioré le métabolisme énergétique et augmenté l'espérance de vie.
Ces premiers résultats encourageants ont permis de poursuivre les recherches sur le sildénafil dans une étude clinique. L’équipe allemande a recruté six patients atteints du syndrome de Leigh, âgés de 9 mois à 38 ans : tous ont reçu le médicament. En quelques mois, leur force musculaire s'est améliorée et, dans certains cas, les symptômes neurologiques ont disparu. En parallèle, leur rétablissement après les crises métaboliques, soit des surcharges du métabolisme énergétique, susceptibles d'aggraver l'évolution de la maladie, a été plus rapide. "Par exemple, chez un enfant traité par sildénafil, la distance parcourue a été multipliée par dix, passant de 500 à 5.000 mètres, explique le professeur Markus Schuelke, co-auteur de ces travaux. Chez un autre enfant, le traitement a complètement supprimé les crises métaboliques qui survenaient presque mensuellement, tandis qu'un autre patient ne souffrait plus de crises d'épilepsie."
De futures études cliniques pour confirmer l'intérêt du Viagra dans le traitement de la maladie de Leigh
Si ces résultats sont prometteurs, les chercheurs doivent compléter leurs travaux avec des études plus approfondies. Mais la rareté de la maladie, qui touche environ 1 enfant sur 36.000, complexifie la tâche. "Le faible nombre de cas complique la recherche sur cette maladie et représente un obstacle dans notre quête urgente de traitements efficaces", poursuit Markus Schuelke. Ces résultats devraient toutefois permettre au sildénafil d’obtenir le statut de médicament orphelin, une catégorie destinée aux traitements des maladies rares. Cela garantit une procédure d’autorisation simplifiée. Pour confirmer l’intérêt de cette molécule, l’équipe de chercheurs européens prévoit de mettre en place un essai clinique, contrôlé par placebo.


