- Une étude menée sur des souris révèle les bactéries intestinales inflammatoires liées à la malnutrition présentent chez la mère peuvent être transmises à sa progéniture.
- Elles affectent notamment la croissance fœtale et la santé intestinale des petits.
- Cette découverte pourrait aider à développer des stratégies de traitement et de prévention contre un trouble appelé dysfonctionnement entérique environnemental.
La malnutrition n’affecterait pas uniquement les corps de ceux qui la subissent. Elle impacterait aussi les générations suivantes. Des chercheurs ont, en effet, découvert que les bactéries intestinales liées à la malnutrition de la mère peuvent être transmises au fœtus.
La découverte a été publiée dans la revue Nature Microbiology, le 16 juin 2026.
Les bactéries liées à la malnutrition étaient transmises aux bébés
Les chercheurs du Centre for Diarrhoeal Disease Research (Bangladesh) se sont intéressés au microbiote de l’intestin grêle, car ils souhaitaient mieux comprendre le dysfonctionnement entérique environnemental. Il s’agit d’un trouble intestinal inflammatoire qui endommage les muqueuses de l’intestin et perturbe l’absorption des nutriments. La maladie touche les personnes vivant dans de mauvaises conditions sanitaires. Chez les enfants, elle peut provoquer une malnutrition, un retard de croissance ou encore une anémie.
L'équipe a alors réuni 525 enfants souffrant de malnutrition, âgés en moyenne de 18 mois. Elle leur a donné un aliment thérapeutique standard contenant du lait, des œufs, des vitamines et des minéraux. Les petits volontaires dont l'état de santé ne s'était pas amélioré malgré cette supplémentation nutritionnelle, ont subi une endoscopie. Des échantillons de la muqueuse intestinale ont été prélevés lors de cette procédure. Des analyses ont été effectuées pour identifier les bactéries présentes dans la partie supérieure de leur intestin grêle : 14 ont été associés à un retard de croissance et à une inflammation.
Dans la seconde partie de l’étude, l’équipe a rassemblé des souris non-gestantes. Elle les a nourries avec un régime alimentaire similaire aux enfants suivis par le centre. Un premier groupe de rongeurs, nés en conditions stériles et dépourvus de flore intestinale, a été colonisé par des bactéries de l'intestin grêle provenant des enfants souffrant de malnutrition. Ces agents pathogènes induisaient une inflammation intestinale chez les femelles.
Le second groupe recevait pour sa part des bactéries du microbiote des mêmes enfants, mais celles-ci n'étaient pas liées à la malnutrition. Aucune inflammation ne s’est déclarée lors de l’essai.
En suivant les femelles et les petits qu’elles ont mis au monde après le test, les scientifiques ont découvert que les bactéries inflammatoires liées à la malnutrition pouvaient être transmises des mères à la progéniture. De plus, les dommages commençaient in-utero, avant même la présence des bactéries chez les petits.
Les souriceaux ayant reçu ces bactéries inflammatoires ont développé des problèmes similaires à ceux des enfants atteints de dysfonctionnement entérique environnemental. C’est-à-dire retard de croissance, marqueurs d’inflammation dans le sang et lésions de la muqueuse intestinale.
En réunissant les deux groupes, les scientifiques ont également remarqué que les bactéries intestinales inflammatoires et leurs effets néfastes pouvaient se propager aux souris non-porteuses.
Bientôt des traitements contre le dysfonctionnement entérique environnemental
Campylobacter concisus était la souche qui contribuait le plus à l’inflammation de l’intestin grêle. Les chercheurs ont également constaté que "plusieurs souches bactériennes inflammatoires identifiées dans l'intestin grêle sont des souches généralement présentes dans la bouche. Dans la bouche, elles ne sont pas connues pour causer de problèmes, mais lorsqu'elles s'installent dans l'intestin grêle, elles agissent comme des pathogènes. Ceci suggère que l'environnement, notamment les bactéries voisines, joue un rôle déterminant dans l'effet d'une souche bactérienne : bénéfique, nuisible ou neutre."
"Cela met en évidence la subtilité de ces interactions entre différentes bactéries et la manière dont elles contribuent aux maladies dans certains contextes, mais pas dans d'autres", explique la première auteure de l’étude, Kali M. Pruss, dans un communiqué.
L’équipe poursuit ses recherches afin d’établir l’ensemble des interactions et effets des bactéries présentes dans l’intestin grêle. Elle espère que ses travaux puissent aider à trouver des stratégies de traitement et de prévention contre le dysfonctionnement entérique environnemental.


