- Des chercheurs de Yale ont développé un hydrogel injectable contre l’arthrose.
- Il libère progressivement du lacosamide directement dans l’articulation pendant plusieurs semaines.
- Les résultats précliniques suggèrent un effet à la fois antidouleur et protecteur du cartilage.
Douleurs persistantes, raideurs articulaires, mobilité réduite… Pour les dix millions de Français touchés par l’arthrose, les gestes du quotidien deviennent progressivement un calvaire. Mais une équipe de l’Université de Yale, aux Etats-Unis, vient de dévoiler une nouvelle approche prometteuse : un hydrogel injectable capable de diffuser pendant plusieurs semaines un médicament directement dans l’articulation. D’après les résultats publiés dans la revue Bioactive Materials, cette stratégie pourrait non seulement soulager la douleur, mais aussi ralentir la dégradation du cartilage.
Un traitement qui fait plus que masquer la douleur
Aujourd’hui, les traitements existants contre l’arthrose visent principalement à soulager les symptômes : activité physique adaptée, perte de poids, antalgiques, anti-inflammatoires ou infiltrations. "Il existe un besoin majeur non satisfait dans l’arthrose, souligne le professeur Chuan-Ju Liu, professeur d’orthopédie à Yale et auteur principal des travaux, dans un communiqué. Nous avons besoin de thérapies qui ne se contentent pas de masquer la douleur mais qui modifient réellement l’évolution de la maladie."
Les chercheurs se sont intéressés au lacosamide, un médicament déjà utilisé dans certaines formes d’épilepsie. Leur découverte repose sur une protéine appelée Nav1.7, connue pour son rôle dans la transmission de la douleur. Or, l’équipe a montré que cette protéine est aussi très active dans les chondrocytes, les cellules responsables de la fabrication et de l’entretien du cartilage. Lorsque Nav1.7 devient trop active, elle favorise à la fois la douleur et la destruction du cartilage. "Lorsque cette protéine est dérégulée, elle contribue à la fois à la dégénérescence articulaire et à la douleur, abonde Chuan-Ju Liu. En bloquant Nav1.7, nous pouvons donc potentiellement calmer les nerfs de la douleur et encourager les cellules du cartilage à se réparer."
Un hydrogel intelligent pour une action prolongée
Les essais précliniques réalisés sur des cellules humaines, des tissus cartilagineux et des modèles animaux montrent que le lacosamide réduit bel et bien les mécanismes de destruction du cartilage, tout en stimulant sa réparation. Le principal défi restait toutefois de maintenir le médicament suffisamment longtemps dans l’articulation. Pour y parvenir, les chercheurs ont conçu un hydrogel thermosensible à base de collagène de type II. Injecté sous forme liquide, il se solidifie au contact de la chaleur corporelle et "agit comme une réserve de médicament, explique Chuan-Ju Liu. Il maintient la molécule là où elle est le plus utile et la libère progressivement pendant un mois ou plus."
Au bout du compte, une injection toutes les quatre semaines s’est révélée plus efficace qu’une prise quotidienne par voie orale pour limiter la perte de cartilage chez les animaux étudiés. Autre avantage : l’administration locale permet également de réduire les doses utilisées et donc potentiellement les effets secondaires.
Si des essais chez l’être humain restent nécessaires, le fait que le lacosamide soit déjà autorisé pour d’autres pathologies comme l’épilepsie pourrait accélérer le développement clinique de nouveaux traitements capables, enfin, de ralentir réellement l’évolution de l’arthrose.



