- Une étude montre que 32,5 % des adultes de 35 à 64 ans peinent à comprendre correctement les consignes de médicaments, à remplir des formulaires médicaux ou à retenir les informations données lors d’une consultation.
- Ces compétences limitées en santé sont davantage associées à un revenu plus faible, un niveau d’éducation plus bas et au chômage.
- Les chercheurs, estimant que les documents et les explications médicales sont souvent rédigés à un niveau trop élevé (lycée ou université), recommandent d’utiliser un langage beaucoup plus simple afin d’aider les patients à mieux gérer leur santé.
Le lien entre les compétences en santé (compréhension des ordonnances, des notices des traitements, des conseils médicaux) et l’autogestion de la santé (prendre correctement les médicaments, adopter de bonnes habitudes, suivre son état de santé) a été étudié chez les personnes âgées. Cependant, cette association "reste peu explorée chez les patients d'âge moyen suivis en soins primaires (généralistes, infirmiers, pharmaciens)." C’est pourquoi des chercheurs de l’université Northwestern (États-Unis) ont mené une recherche parue dans la revue Journal of General Internal Medicine.
942 patients d’âge moyen ont réalisé des tâches de santé courantes
Lors de ces travaux, l’équipe a recruté 942 personnes, âgées de 35 à 64 ans, qui avaient consulté un médecin au moins une fois au cours de l'année précédente ou pris un rendez-vous prévu dans les six prochains mois. Pour évaluer leurs compétences en santé, essentielles pour la prise en charge des maladies chroniques (hypertension artérielle, hypercholestérolémie et diabète) qui apparaissent fréquemment à la quarantaine, les auteurs ont fait passer des entretiens aux participants. Il leur a également demandé de réaliser des tâches de santé courantes, comme l'interprétation d'étiquettes de médicaments (par exemple : faut-il prendre le médicament avec de la nourriture ? Peut-on consommer de l'alcool ou s'exposer au soleil pendant le traitement ?), la mémorisation des instructions du médecin après avoir visionné une vidéo où un diagnostic de RGO est posé, et la consultation de documents de soins écrits. Les volontaires ont aussi répondu à des questions concernant la prise de médicaments et effectué des tests cognitifs.
Ordonnances, notices médicamenteuses, conseils médicaux… 32,5 % des patients ont des compétences limitées
Environ 13,2 % des participants présentaient un faible niveau de "littératie en santé", le terme utilisé pour désigner les compétences en santé, et 19,3 % avaient des compétences marginales. "Nous ne pensions pas que le problème serait aussi répandu, mais le fait que des personnes atteignent la quarantaine sans avoir été correctement informées sur les gestes de santé de base est assez alarmant", a déclaré Abigail Vogeley, auteure principale des travaux. Selon les données, un faible niveau de compétences en santé était associé à un niveau d'éducation plus faible et à un revenu plus bas. Les personnes concernées présentaient davantage de maladies chroniques, se voyaient prescrire plus de médicaments et obtenaient de moins bons résultats aux tests cognitifs.
"Simplifier l'information en santé en utilisant un langage clair"
D’après les scientifiques, cette étude ne vise pas à pointer du doigt les difficultés des gens, mais plutôt à identifier les moyens de mieux informer les patients. "À la quarantaine, il n'existe pas de mode d'emploi clair pour interagir avec le système de santé. Nos résultats suggèrent que nous ne préparons pas suffisamment les gens à s'impliquer dans leurs soins et à les gérer. (…) Actuellement, de nombreux documents destinés aux patients sont rédigés à un niveau scolaire équivalent à celui d'un élève de lycée ou d'université. Nous recommandons de simplifier l'information en santé en utilisant un langage clair, accessible aux élèves de 6ème à 4ème", a souligné l’équipe.
Elle signale que cette littératie en santé et une capacité d'autogestion de la santé limitées pourrait accroître le risque d'une santé physique plus fragile plus tard dans la vie. "Si les patients ne gèrent pas correctement leurs maladies chroniques, cela peut entraîner des hospitalisations et une aggravation de leur état de santé."


